Jeu d’écriture (numéro 40) sur Maux
d’auteur (http://forum.aceboard.net/i-7663.htm) :
Écrire un texte avec les contraintes suivantes :
- Lieu : un wagon d'une rame de
métro.
- les mots suivants doivent être intégrés dans le texte : fée -
capuche - songe - polymorphe - mésange
Dans la chaleur moite de la foule compacte, je tressautais depuis plus de dix minutes au rythme
saccadé et lancinant du métro. Debout, main droite chevillée à la poignée métallique d’un siège, j’étais parvenu à un équilibre résistant à toute secousse aléatoire. J’enrageais d’avoir été
retardé par mon patron, vampire perpétuellement insatisfait et assoiffé de rendement. « Vous pouvez bien rester un peu plus,
Fausto ? »… Pfff ! Impossible de refuser. Évidemment, dans le sablier d’une vie, une heure ne représente pas grand-chose. Mais ce soir-là, ce fut le grain de sable qui enraya
un rituel bien huilé et je l’ignorais encore, toute mon existence…
Muré dans un silence boudeur, j’entendais sans l’écouter le babillage des usagers autour de moi
et fixais d’un regard absent, le bout de la rame où tanguait une publicité vantant les prestations d’une agence de voyages. Les destinations paradisiaques proposées paraissaient si loin du quai
de la station « Bir Hakeim » où la ligne six ouvrait ses portes. À cet instant, d’étonnantes pensées s’alanguirent derrière mes paupières
alourdies de fatigue. À des années-lumière du wagon bondé, mon esprit embarqué dans un songe éveillé,
me transporta, l’ombre de quelques secondes, vers une contrée enrobée du parfum magique des contes de fées. Mon corps, débarrassé de toute entrave y sautillait tel un merle dans le feuillage d’un cerisier gorgé de fruits. Je baignais dans une douceur
sucrée lorsqu’une mésange au plumage irisé d’azur effleura mon cou. Bercé par son chant harmonieux,
je me délectais de ses câlineries duveteuses lorsque la caresse se mua en étreinte douloureuse. « Aïe ! », criai-je en rouvrant les
yeux. Face à moi, le gamin au look loulou qui venait de m’écraser les orteils, me narguait de son sourire espiègle. Désarçonné, je répondis d’un rictus contrit. Sans un mot d’excuse, le garnement
se retourna, remonta la capuche de son sweater noir, barré d’un incandescent « Devil for Ever », avant de disparaître dans la nuée des voyageurs.
Le rêve impromptu interrompu, mes iris encore embrumés se noyèrent dans la marée d’humanité
polymorphe qui ondulait dans ce wagon aux allures de Tour de Babel roulante. À cet instant précis, je
la remarquai. Silhouette fragile, lovée sur le flanc d’un strapontin, une jeune femme, drapée d’une pèlerine marine auréolée d’un boa de plumes céruléennes, me regardait avec insistance. Cheveux
clairs, regard mystérieux, lèvres envoûtantes… elle ressemblait de façon saisissante à un ange bleu. La réalité avait-elle rejoint mon rêve ?
Aussitôt, je résolus de l’aborder. Timidité arc-boutée dans un recoin de ma nature réservée, je
m’approchai de la sylphide et engageai la conversation sur un ridicule : « On ne s’est pas déjà vus quelque part ? ». En guise de
réponse, un éclat de rire cristallin fusa de sa bouche pulpeuse que nul, hormis moi, ne sembla avoir entendu. La cape en guise de paravent, l’ange disparut fugacement pour réapparaître sous les
traits du loubard narquois. Puis, à une vitesse vertigineuse, Dracula et Méphisto se succédèrent devant mes yeux ébahis. Fasciné par ce que j’imaginais être un génial transformiste, j’acceptai
sans hésitation de descendre avec l’étrange personnage à « Denfert ».
Depuis ce maudit jour, je vis avec… le Diable.
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