Copyright

Sceau1.gif
CopyrightDepot.com N°00043353

Présentation

  • : Le blog de Pradoline
  • : Des mots distillés pour dire, rire, sourire, jouer, enjouer ... et surtout donner un sens à la vie. Des mots déclinés en nouvelles, textes courts, fulgures.
  • Retour à la page d'accueil
  • Recommander ce blog

Commentaires Récents

Recherche

Album photos

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Pradoline ?

Oui, Pradoline ! Le surnom sucré de l'enfant qui sommeille toujours en moi. En réalité, « je m’appelle Michèle… », le plus souvent tronqué en Mimi. Comme dans la chanson, je vis dans le Sud de la France où le soleil flirte avec les anges.

J'ai passé une grande partie de mon existence à plancher sur des problèmes en « -ique » (physique, électronique, informatique...). Je vous fais grâce des cantiques et de leur délicate mécanique. Puis, à l’heure où blanchissent les cheveux … non, je plaisante ! J’avais quarante et quelques poussières d’années quand j’ai rencontré le monde des « -ure ». Passionnée de lecture et surtout d'écriture (diariste de longue date), miniatures (http://perso.orange.fr/mimi.miniatures), couture, peinture et tutti quanture … j'ai enfin osé révéler mes écrits aux autres en juillet 2005.

Depuis, l'écriture est ma fidèle compagne, à la fois capricieuse, tyrannique mais tellement génératrice de plaisir(s) !... N'hésitez pas à découvrir et peut-être vous perdre dans l'univers à la fois sage et farfelu d'une « Pradoline-Mimi-Brin de Mot » aux multiples facettes....
Dimanche 13 avril 2008

Jeu d’écriure (numéro 25) sur Maux d’auteur (http://forum.aceboard.net/i-7663.htm) :

« On connaît la fameuse phrase dite par Paul Valéry et rapportée par Breton : « La Marquise sortit à 5 heures ».
Cette phrase résumait tout le mépris de Valéry pour les oeuvres de fiction. Il se refusait à écrire des romans car, s'il l'avait fait, il aurait fatalement été conduit à écrire des phrases aussi peu dignes d'intérêt que « la marquise sortit à 5 heures ». Alors, pour faire un pied de nez à ce fichu emmerdeur qui entendait n'écrire que des choses denses, écrire un texte en commençant par « La Marquise ne sortit pas à 5 heures ».


 

 

La Marquise ne sortit pas à cinq heures. Dès lors, tout doute fut dissipé. Cette absence confirmait l’inquiétante rumeur qui circulait depuis quelques jours au sein du « Tout Paris ». Les curieux amassés devant le prestigieux bâtiment, avaient pourtant espéré jusqu’à la dernière seconde. Mais, la nouvelle était tombée. Peu avant l’heure prévue, un homme aux allures de majordome désuet s’était présenté sur le perron. Sous une pluie de flashs crépitant, il avait annoncé d’une voix triste que l’état de la Marquise était si critique que vraisemblablement, sa prochaine sortie ne pourrait avoir lieu avant plusieurs semaines… voire des mois. Cette information provoqua des remous dans la foule. Aussitôt, une vague de murmures s’insinua, chacun y allant de son commentaire :

« Quel dommage !... Vous l’avez déjà vue, vous ?... Elle doit être bien mal en point pour… »

 

Depuis son arrivée dans la capitale, la Marquise n’avait pas quitté son lit de satin. Enfermée dans la superbe demeure mise à sa disposition par L’État français, elle se recroquevillait chaque jour davantage. Le voyage depuis Londres avait été apocalyptique, de l’aveu même de ses gardes du corps. Mal attachée sur son siège, elle avait été projetée au plafond alors que le jet privé traversait une zone de violentes turbulences. Les ornières rencontrées sur le trajet en limousine blindée entre l’aéroport et Paris intra-muros, l’avaient achevée. Depuis ce choc, elle était méconnaissable. De grands spécialistes s’étaient déplacés d’Amsterdam, Anvers et même New-York pour tenter de la remettre d’aplomb. En vain. Ses trop fréquents déplacements autour du monde, avaient eu raison de sa fragilité. Le mal semblait irréversible.

 

En désespoir de cause, elle se vit emmitouflée telle une antique momie pour repartir au Royaume Uni, son pays d’adoption depuis des années. Cette fois, ses gardes ne la quittèrent pas des yeux, un seul instant. À l’évidence, sa fin était proche. Son teint, jadis éclatant, était étiolé. L’abus de traitements inefficaces avait déformé sa taille incroyablement délicate autrefois et infesté son corps d’une colonie d’impuretés. Ceux qui avaient connu et admiré la beauté de la Marquise, étaient profondément attristés du sort injuste qui la frappait. La Reine d’Angleterre (Herself), ne parvenait pas à se résoudre à cette perte immense. Aussi fit-elle dépêcher un guérisseur, orfèvre en la matière, qui avait la réputation de faire des miracles…

 

Mr Merlin Leroy s’installa donc au château de Goodmington, où la Marquise avait passé l’essentiel de son existence. À force de massages et gommages, il réussit à éliminer les imperfections qui l’avaient enlaidie. Au prix d’une lente rééducation à base « d’auréothérapie », il parvint à re-modeler et affermir ses fines attaches. Après plusieurs mois de soins intensifs, l’enchanteur avait réalisé l’impensable : lui insuffler la vie…

 

En pleine forme, elle put revenir à Paris afin de participer à l’inauguration de l’exposition consacrée à la couronne d’Angleterre qui se tenait au Louvre. Cette fois, la Marquise sortit à cinq heures… Protégée par un écran, résistant à toute effraction, la « Royal Almonda Lear », bague sertie du diamant navette le plus pur du monde, brillait à nouveau de mille feux, sous les yeux éblouis des nombreux visiteurs…

 

 

par Mimi publié dans : Jeux d'écriture communauté : La gazette des blogs
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Vendredi 4 avril 2008

 

« Une galantine, j’te dis Victor ! Cette allumette n’est qu’une galantine ! », s’était-elle exclamé devant le téléviseur. Si « Les feux de l’amour » refusaient obstinément de s’éteindre depuis plus de vingt ans, sa mémoire s’étiolait chaque jour un peu plus. La maladie grignoteuse de neurones avait atteint une zone si profonde que la signification même des mots lui échappait. Les yeux humides, je l’avais fixée avec compassion, me retenant de rectifier ses propos incohérents. À quoi cela aurait-il servi de dire que Druscilla était une gourgandine et non une galantine ? J’étais épuisée par ce repas au cours duquel j’avais vainement tenté de lui expliquer que ce n’étaient pas des « bonzaïs armés de sushi jusqu’aux oreilles qui avaient attaqué « Compte Harbour » pendant la guerre de cent ans »… Ma mère avait refusé de me croire, prétextant que j’étais une étrangère ignorant tout de l’histoire de la Macédoine. La macédoine… L’image du puzzle de légumes collait si bien à celle de son cerveau éparpillé par un Alzheimer affamé…

 

Elle avait tellement changé ! Toute élégance avait disparu de son comportement. Son habillement était plus que sommaire. Toujours la même robe de chambre. L’étoffe en était élimée à force d’être triturée par ses mains noueuses. Où étaient passées les toilettes coquettes, le maquillage parfait ourlant ses yeux d’azur ? Celle qui avait été l’exemple phare de ma jeunesse, avait l’apparence d’un fruit ridé, maltraité par le temps. Ce jour là, le sommeil l’avait cueillie devant ce feuilleton stupide. Je n’ai jamais saisi en quoi de telles histoires invraisemblables et abracadabrantesques peuvent passionner les foules. Sans doute n’y a t-il rien à comprendre. J’étais si lasse. Assise sur le fauteuil, près du lit de ma mère, je finis par m’endormir sur le dernier Stephen King…

 

Vers seize heures, alors que je m’apprêtais à prendre congé, ses doigts agrippèrent mon chandail. Sans prononcer un mot (de longues périodes de silence alternant avec une volubilité confuse), elle semblait me supplier de rester. Je posai tendrement ma main sur la sienne avant de regagner la sortie. Comme chaque semaine depuis cinq ans, j’étais arrivée à midi. Après quatre heures auprès d’elle, j’étais sur les rotules. Habituellement, je partais sans un regard de sa part. Pas ce jour là. Au moment de franchir le seuil de la maison spécialisée où elle vivait, je l’entendis hurler mon prénom. Cela n’était plus arrivé depuis bien longtemps. Me retournant, j’aperçus sa frêle silhouette dans le hall. Pieds nus, les cheveux en bataille, elle me fixait de son regard profond, celui d’avant la maladie… Les yeux emplis de larmes, elle me tendit une bonbonnière de porcelaine et accompagna son geste de ces incroyables paroles : « Tiens, ma fille. Voilà ton cadeau de Noël. La boîte de Pandore t’appartient maintenant… ». La nuit suivante, le 8 février, son cœur cessa de battre.

 

Pendant des semaines, je me sentis honteuse et coupable de ne pas avoir su comprendre. De ne pas lui avoir offert un peu plus de mon temps. Mais les regrets ne servaient à rien. Elle était enfin libérée du mal invisible qui l’avait tant dégradée. Par peur ou par superstition, je n’avais pas ouvert le petit coffret, offert en guise d’adieu. Les propos de ma mère étaient certes incongrus, mais l’allusion à l’histoire de la jarre mythique contenant tous les maux de l'humanité, m’effrayait beaucoup trop. J’avais donc rangé la mystérieuse boîte dans un tiroir de la commode, me contentant de la frôler chaque fois qu’un de mes soutiens-gorge se coinçait dans la rainure du fond. La veille du 14 juillet, j’eus la désagréable surprise de retrouver mon appartement sans dessus dessous. Des cambrioleurs s’étaient introduits par effraction dans mon intimité. Plus que volée, l’atroce sensation d’un viol me submergea. Ma lingerie avait été souillée par d’ignobles individus qui avaient dérobé mes bijoux après avoir déversé le contenu de la commode sur le sol. Les débris de porcelaine essaimés dans les dentelles pastel me bouleversèrent. Hébétée, les yeux noyés de larmes, j’étais en proie à une insupportable douleur… comme si ma mère mourait une seconde fois. Jamais, je ne saurais ce qu’elle avait souhaité me transmettre. Il ne me restait plus que le mince espoir de voir la police étriller ces malfrats le plus vite possible, afin que le butin soit récupéré intégralement…

 

Au fil de l’été, aucune nouvelle ne vint apaiser mon émoi. « L’enquête suit son cours, Madame. Vous serez prévenue dès qu’il y aura du nouveau. », me répondait-on invariablement lorsque j’appelais le commissariat. Toutefois, il fallait être lucide. Plus le temps passait, plus les chances de retrouver mes bijoux et le contenu de la boîte s’amenuisaient. Cette perspective m’angoissait chaque jour davantage, au point de m’en rendre malade. Matin et soir, je croisais mon reflet dans le miroir de la salle de bains. Un visage de papier mâché au teint éteint, témoignait d’une fatigue extrême. En septembre, à bout de force, je me résolus à consulter un médecin. Les analyses révélèrent une accumulation de bilirubine, caractéristique d’un ictère… autrement dit une jaunisse, consécutive à un trop-plein de contrariétés. L’homme de sciences me prescrivit du repos et m’incita à entreprendre un travail intérieur pour « faire mon deuil »… détestable expression dont le sens m’avait toujours échappé…

 

À l’inverse des recommandations médicales, je mis à profit la semaine de calme forcé pour dépoussiérer le cadre de ma vie si terne. Sans ménager mes forces, métamorphosée en toupie frotteuse et aspirante, je nettoyai les moindres recoins de mon appartement, m’étourdissant de travaux pénibles et peu passionnants. Ce ménage intensif me permit de dénicher des éclats de porcelaine sous le sommier ainsi que trois pétales de soie blanchâtre. Peut-être des miettes de l’offrande de ma mère ? Cette possibilité m’incita à les garder dans un étui à lunettes usagé. Après sept jours de décrassage, lavage, repassage… mon logement étincelait tandis que pantelante et lessivée, j’admirais avec fierté les effets de l’huile de coude. La pseudo satisfaction s’évapora dès la reprise de mon travail. Clairement, ce subit engouement pour le ménage n’avait été qu’un prétexte pour fuir la réalité, ne pas penser et surtout anesthésier la brûlure intérieure qui me déchirait encore, toujours, de plus en plus fort…

 

Imperturbablement, la vie continua à dérouler son fil sans aucun fait marquant. Mon existence baignait dans le gris persistant de la routine. Cette année là, les fêtes de fin d’année et leur clinquant attirail de cadeaux et de nourriture surabondante, me parurent sans saveur. Le moral en berne, je m’enfonçais dans la spirale de la tristesse. Seules les visites au cimetière m’apportaient un certain apaisement. Je fleurissais aussi souvent que possible le marbre moucheté de la stèle. Mais roses, lys, œillets, chrysanthèmes… fanaient en un clin d’œil. Ce jour de février, malgré la température glaciale, j’avais tenu à rendre visite à ma mère, disparue tout juste un an plus tôt. Les paupières closes, je priais en silence lorsque j’entendis clairement : « Tu devrais essayer les asphodèles ! ». Dans un sursaut, mes yeux, rougis par les pleurs et le froid, s’écarquillèrent d’effroi. Instinctivement, je répondis dans le vide « Des quoi ? ». La voix répéta : « Des asphodèles ! C’est plus résistant ! ». Un instant, je crus à halluciner. Quelqu’un avait vraiment parlé. Mais qui ? Le cimetière était désert. Le cœur cognant à tout rompre, je pivotai sur moi-même et reconnus son visage…

 

Nous ne nous étions plus croisés depuis… depuis… j’avais perdu le compte. Claude avait vieilli. L’ado aux allures déjantées et à la coiffure punk, était devenu un sobre quadrat. Ses traits s’étaient épaissis et ses cheveux raréfiés. L’an dernier, j’avais aperçu sa silhouette sombre ici même, perdue au milieu des nombreuses personnes venues rendre hommage à ma mère. Mais, la douleur était alors telle qu’aucun échange n’avait été possible. Depuis, le temps avait façonné son action cicatrisante. Même si à l’évidence, je n’avais toujours pas « fait mon deuil ». Après le cimetière, mon ami d’enfance proposa d’aller nous réchauffer autour d’un chocolat chaud. Sans hésiter une seconde, j’acceptai son invitation. Ce jour marqua le début de ma renaissance…  

 

Tous deux divorcés, nos solitudes s’apprivoisèrent au fur et à mesure. Dès l’été suivant, nous décidâmes de vivre ensemble. Je laissai sans regret mon appartement pour m’installer dans la maison de Claude. Le déménagement permit de découvrir derrière le pied de l’armoire normande encore quelques miettes de porcelaine encollée de minuscules fragments d’étoffe grisâtre ainsi qu’une sphère veinée d’or et de brun. Grosse comme un petit pois, la provenance de cette boule aux allures de perle m’était totalement inconnue. Dès cet instant, le doute n’était plus permis. Il s’agissait bien d’une parcelle du « trésor » de ma mère. J’enfouis les reliques de bonbonnière dans le vieil étui où dormaient ceux récupérés lors du grand ménage de septembre. Quant à ma précieuse trouvaille, je l’enveloppai de papier de soie afin de la faire expertiser.

 

Les bijoutiers qui l’examinèrent furent d’accord sur le fait qu’il s’agissait d’une pierre fine, plus exactement d’un œil-de-tigre… En revanche, les estimations les plus fantaisistes y furent associées, d’autant que le contour présentait trois griffures réparties à équidistance. Sans doute cet œil avait-il orné le chaton d’une bague. Qu’importe, je ne souhaitais pas le vendre mais le faire re-sertir afin de conserver le dernier souvenir de ma mère. Après réflexion, j’optai pour la réalisation d’un pendentif circulaire incrusté d’une triskèle d’or, centrée sur la pierre. 

 

Dès l’instant où le bijou fut accroché autour de mon cou, une incroyable tranquillité s’installa dans mon esprit. Inconsciemment, je lui attribuai les vertus d’un talisman. Parfois, j’imaginais l’âme de ma mère incrustée dans cette pierre providentielle. Souvent mes pensées erraient à la recherche de celle qui me manquait toujours autant. Dans ces moments là, Claude me surnommait avec tendresse : « sa petite sélénienne ». Heureusement, avec le temps, mes séjours dans la Lune se sont espacés. Aujourd’hui, la sérénité demeure.

 

J’ai enfin « fait mon deuil »…

 

 

(Les mots soulignés sont ceux d’un logorallye proposé par le site « poudreurs d’escampette » : http://fr.groups.yahoo.com/group/poudreursdescampette)

par Mimi publié dans : Textes courts communauté : Au fil des mots
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Lundi 24 mars 2008

Jeu d’écriture (numéro 24) sur Maux d’auteur (http://forum.aceboard.net/i-7663.htm) :

Brodez allégrement autour de cette illustration en 3000 caractères (10% de dépassement toléré).

jeu-24-e.jpg
 


 

 

Encore deux ou trois détails à régler et je n’aurai plus à m’occuper de ce gosse !... À bien y réfléchir, j’aurais pu éviter de laisser en plan l’ourson écartelé et la poupée désarticulée dans une pose suggestive. Tant pis ! Mon patron sera furieux, une fois de plus. Mais j’assume les réprimandes de Monsieur Horace, ainsi qu’il aime être appelé. Cette fois, j’imagine aisément son sourire se tordre en rictus lorsqu’il remarquera que le livre déchiré par le petit monstre est grand ouvert sur un magistral « N » grenat. Ce détail va l’achever.

 

Après tout, ce n’est que justice. Lui aussi, me rend la vie impossible avec ses manies et ses idées arrêtées. Pour ce puritain, une nounou ne doit pas laisser les enfants pleurer. « Cela fait mauvais genre ! », s’est-il exclamé quand je lui ai fait part de mes principes sur l’éducation. « Et les gaver de friandises n’est pas une solution, non plus » a t-il enchéri en exigeant un travail irréprochable. Comme d’habitude, j’ai feinté ses recommandations. De toutes façons, les menottes du brailleur brise-fer ont pulvérisé la sucette défendue. Ainsi, la morale sera sauve et les quenottes aussi. Cela dit, je doute que cette broutille sucrée échappe à l’œil critique du patron qui me gourmandera encore. Mais ce n’est sans doute rien, en comparaison de la colère qu’il risque de piquer en découvrant un élément bien plus notable.

 

Pour Monsieur Horace, il est inconcevable et inconvenant qu’une nourrice soit amoureuse. Elle ne doit vivre, penser, respirer que pour les rejetons dont elle a la garde. Et moi, je ne suis pas du tout d’accord. Une nounou n’est pas une sainte, même si par miracle une auréole venait à pousser autour de sa charlotte. C’est avant tout une femme qui a parfaitement le droit de filer un mauvais coton - à défaut du parfait amour - sur les nuages laiteux de son imagination au bras d’un preux chevalier dans un pays sans langes ni biberons… Un rêve ? Et pourquoi pas une réalité après tout ? Je sais qu’emprisonné dans sa tour d’ivoire, le patron est trop rigide pour adhérer à cette vision. Je l’entends déjà exiger des modifications au niveau d’une attitude qu’il qualifiera d’anticonformiste. Mais je n’en ferai rien. Il me paraît impossible de supporter les pleurs d’un garnement irascible sans avoir la possibilité de s’évader de temps en temps. Les yeux agacés, un brin démissionnaires, resteront ancrés vers le Ciel et les bottines en position de guillemets fermés aussi ! Et qu’il s’estime heureux que la tenue ne soit pas un tantinet plus olé-olé.

 

Voilà ! J’éparpille un peu plus les lambeaux du livre sur le môme en pleurs et mon boulot est presque fini. Ensuite, il faudra affronter Monsieur Horace. D’ores et déjà, je sais que sa réaction sera violente en découvrant la scène et le désordre. Bien sûr, il va grogner mais je suis suffisamment solide pour me défendre. J’ai construit mon argumentaire sur le fait que les contre-pieds sont toujours payants. Je vais donc proposer au directeur du « Saturday Evening Post » de conclure la journée de la femme (de l’année 1936) sur une édition portant en couverture mon illustration…

 

Signé : « Norman Rockwell » (à droite du biberon, sous la jupe de la nanny d’enfer !)

 

par Mimi publié dans : Jeux d'écriture communauté : Au fil des mots
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Samedi 22 mars 2008

plume-feuille-copie-1.jpgJ’ai découvert ce jeune chanteur, il y a plusieurs semaines déjà. Mais je ne connaissais pas cette chanson qui passe à présent en boucle autour des miennes. L’air lancinant (aux accents de bossa-nova) et la poésie mêlée de tant de tristesse, de pudeur et d’émotions m’ont tout simplement enchantée. Un pur moment de beauté. Bravo à ce jeune talent qui à n’en pas douter fera une immense carrière.  
                                     

  

http://www.youtube.com/watch?v=cfJ3E8dHDhQ&feature=related

 

 

 Aurais-je imaginé que je me trouv'rais là,
 Une mine de stylo plantée sur ma peau ?
 Les yeux de mon bourreau qui ne me quittent pas,

 Ma blancheur lui fait peur, je sais qu'il cherche ses mots.
 Je suis une feuille blanche, je ne demandais rien
 Qu'à rester sur mon arbre et attendre la fin.
 Moi j'aimais le vent, se perdant dans les feuilles,
 Le murmure de la sève qui me donnait la vie.
 Moi j'aimais la hauteur que j'avais sur les choses,
 Je n'ai pas vu venir la lame qui m'a trahie.
 Si au moins je servais de papiers officiels,
 Pour signer des traités et protéger les faibles.
 Ou être dans les mains d'un poète oublié,
 Qui me jett'rait ses vers comme on cherche un ami.

 J'aurais pu être pressée sur le coeur d'une enfant,
 Écoutant dans mes lignes la voix de son amant.
 Ou être le pliage d'un gamin de huit ans,
 Et voler dans les airs sous les rires des enfants.
 Ou être dans les pages d'un livre d'histoire,

 Qui dit que le chemin est encore tellement long.


Mais voila que je sens que la plume me frôle,
Et les lettres se forment comme l'encre tourbillonne.
J'n'ai jamais vu plus lourd que le poids de ces mots,
C'est la misère d'un homme que je sens sur mon dos.
Il dit : "je veux finir d'avec ma vie,
Pardonne-moi mon amour, mais je m'arrête ici.
Ce n'est pas de ta faute si je baisse les bras,
Mais j'ai perdu ma chance de gagner ici bas".
Et moi c'était mon rôle de porter tous ces mots,
Et les larmes d'une femme tomb'ront sur moi bientôt.

J'aurais pu être pressée sur le coeur d'une enfant,
Écoutant dans mes lignes la voix de son amant.
Ou être le pliage d'un gamin de huit ans,
Et voler dans les airs sous les rires des enfants.
Mais je tourne la page d'une triste histoire
Qui dit que le chemin n'était pas tellement long,
Pas tellement long...

 

par Mimi publié dans : Inc(l)assables communauté : Le Club des cinq à Marignan
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 2 mars 2008

 

 

Extrait du journal polisson de Prosine, une nouvelle connaissance de plume.  

 

undefined


Concevez un escalier aux courbes harmonieuses. Pas une échelle pour gravir quatre à quatre les marches qui vous mènent à l'étage, n'ouvrez pas la porte d'une chambre sombre dans laquelle se niche le secret d'une jouissance maladroite, trop rapide, n'ouvrez pas, ne grimpez pas comme ça.

 

Non, lui, c'est un escalier qui tourne et vous fait tourner la tête, il fleure bon un mélange d'encaustique et de poussière. Il retient à chaque palier les parfums de Prosine et Verlaine. Une odeur d'encaustique, de poussière et de parfums mêlés.

 

En bas, d'anciennes fenêtres à l'isolation incertaine laissent s'immiscer des filets d'air frais. En haut, on ne sait pas. Pas encore. L'ascension autorise une lente construction. Autour du colimaçon, pour abriter Verlaine, Prosine pose les façades ouvertes sur le monde d'une belle maison. Pour abriter Verlaine. Avec des baies vitrées que le soleil chauffe.

 

Chaque seuil est un épisode, un volet, un sourire. Un livre...

 

... Nous avions interrompu notre lecture à la page cent quatre du second volume.

 

Rappelez-vous...

 

Pages cent quatre, cent cinq et cent six, Prosine appuie son visage contre l'épaule de Verlaine. Elle s'enivre du musc d'une essence composée, puissante, excessive, mais elle s'en fiche, elle désire suspendre ce moment, le vivre en continu, surtout ne pas bouger, elle risquerait de l'effrayer.

 

Page cent quatre, cent cinq et cent six, Verlaine embrasse et caresse cette jolie folle qui l'assomme de mots, de bavardages écrits. Il glisse sa main dans l'intime du bustier noir, fait sauter les laçages sans plus de façons, aspire et suce la peau de ce cou qui a su garder sa jeunesse. Il se souviendra de la saveur sucrée.

 

Elle l'avait prévenu dans le volume précédent : si nous nous rencontrons, je ne promets pas de rester sage comme dans certains rêves éthérés de jeune fille, oh non, je ne promets pas...

 

Page cent sept, parce qu'il ne saurait être question d'une histoire d'attirance physique sans tendresse ni reconnaissance d'âme, leurs mains l'une dans l'autre, doigts croisés, leurs mains se tiennent fort...

 

 

Pour en savoir davantage, aller déguster les mots de Prosine  sur « le petit parchemin »  : http://blogsperso.orange.fr/web/jsp/blog.jsp?blogID=483069

 

 

par Mimi publié dans : Invité(e)s communauté : La gazette des blogs
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus