Jeu d’écriture (numéro 52) sur À Vos Plumes (http://avosplumes.xooit.com/index.php) :
« Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur » -
Beaumarchais.
En l'occurrence, le thème consiste à écrire l'éloge d'une personne proche, famille
ou autre...
À quelques jours de Noël, l’idée d’aller fourmiller dans un des grands magasins, regorgeant de jouets, m’a bêtement traversé
l’esprit. Fidèle aux autres années, le cœur était ailleurs. Avec toi, sans doute. Le regard sans lueur, les épaules endolories, j’ai repris la route. Sous la pluie. Vers la maison où tu ne
m’attendais pas. Bien sûr. Pourtant, depuis plus de deux décennies, pas une minute, je n’ai cessé de penser à toi. Toi, qui as investi ma vie, sans parvenir à la remplir.
Épuisée, je me suis lovée dans le sofa, enroulée dans le plaid cerise que j’avais cousu à ton attention. Aussitôt, une
myriade de souvenirs m’a enrobée...
Tu étais si belle, mon bébé. Mes doigts tremblent toujours à l’évocation d’une caresse dans les boucles, enroulées tels des
rubans de miel autour de ton visage de velours. Une petite frimousse percée de deux émeraudes ! Combien de fois, tes yeux ont-ils hanté mes rêves ? Mes cauchemars également. Je
craignais tant de ne pas être à la hauteur pour calmer tes pleurs et tes peurs. Pourtant, je t’assure que l’amour m’aurait fait franchir l’Everest pour que jamais… jamais tu ne souffres, ma puce.
Si tu savais à quel point, je t’ai désirée…
Plus tard, dans les méandres de mes pensées, tu étais écolière modèle. Brillante, souriante, gaie. Parfois, ta voix
cristalline susurrait dans mon oreille, une comptine incompréhensible : « Plon, débi, débo, la saint sabot, la cavagnole… ». Je t’aurais voulu parfaite. Évidemment, tu ne pouvais
pas l’être. Alors, j’ai émaillé ton caractère de facettes rebelles. Capricieuse, tu te montrais difficile à satisfaire. Dans ton palais gourmand, les choux à la crème supplantaient ceux de
Bruxelles. Un brin fainéante, le sport n’était pas ton fort. Les robes en dentelles non plus. De toute façon, tu n’aurais pas apprécié de ressembler à une poupée de porcelaine, n’est-ce pas ma
chérie ?
Puis, la vie a filé. Ta présence m’a toujours accompagnée. Le lourd parfum de ton absence aussi. Ensemble, nous avons
traversé l’espoir, la joie et les désillusions, la tristesse jusqu’à ce que la résignation s’installe. Définitivement.
Souvent je te parle. Toi seule peux comprendre. Même et surtout ces silences, synonymes d’une déchirure indicible. Tu m’as
donné la force de me battre. De ne pas capituler. De ne pas démissionner, même si les jours et les nuits sont désormais irisés d’une amertume indélébile.
Aujourd’hui encore, lorsque la boule qui serre ma gorge telle une pelote de laine s’emmêle un peu trop, ton sourire,
chaleureux et généreux, surgit devant mes yeux. Au-delà des souffrances et des frustrations, l’image est incrustée. Indestructible. Dans ces instants-là, le réconfort s’insinue, comme si nous
nous serrions très fort, toutes les deux. Ton âme est câline, mon ange. Je la sens parfois virevolter dans mes cheveux et se fondre en moi, à l’image d’un baume.
Alors, ma douce, cette année, pour ton Noël, tu trouveras au pied de l’arbre qui clignote tristement au milieu du salon, ces
quelques mots. Je les ai tricotés sans les enrubanner de nœuds de satin. Je suis certaine que tu les préfères ainsi. Sans fioritures, sincères, vrais, emplis d’amour et d’émotion. Comme tu aurais
pu l’être. Toi… l’enfant que je n’ai jamais eue…
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