Mardi 18 décembre 2007
Ce matin là, comme d’habitude, mes orteils s’approchèrent le plus doucement possible. Un geste automatique. Presque
inconscient. Au contact de la plaque de plastique, je sentis un tsunami de salive débouler dans ma gorge. Bouché bée, les yeux écarquillés, je fixai l’aiguille affolée, oscillant dans une zone
frappée d’une inscription rougeoyante : « Hors normes ». Ma balance l’avait décrété. J’étais énorme…
Descendant à toute vapeur d’un pèse-personne, qui n’avait jamais aussi bien porté son nom, je tentai de me raisonner. J’avais
rêvé. Mon esprit s’était égaré pendant quelques secondes. Aucun doute, il y avait erreur. Le reflet dans le miroir en attestait. Ma silhouette évoluait peu depuis des années. Certes, les gracieux
capitons de mon ventre avaient tendance à essaimer la taille et les cuisses, mais rien d’anormal. Confiante, je remontai encore plus délicatement sur Grassouilline (ridicule surnom de mon
« adorable » balance). À peine mes plantes l’eurent-elles effleurée que je vis jaillir à travers la minuscule brèche creusée dans la matière, une armée de lutins. Tridents au poing, ils
piaffaient des cris stridents : « Seuil d’alerte, seuil d’alerte !... ». Les mutins commencèrent à fourmiller sur mes tarses avant de tracer en direction des chevilles.
Spontanément, je sautai sur le carrelage froid dans l’espoir fou que les pirates alpinistes dégringolassent. Mon inspiration fut couronnée de succès. Aussitôt la terrifiante invasion
cessa.
Assise sur le rebord de la baignoire, je restai immobile tandis que mes pensées se chevauchaient, à l’allure d’un pur sang au
galop, sur les carreaux hallucinants de ma salle de bains. Dans une ronde infernale, elles martelaient mes tempes avec cette rengaine obsédante : « si Grassouilline avait
raison ? ». Mon esprit franchissait allégrement la limite des normes. Anormale… c’est sûr, j’étais devenue a-norm-ale… Sans doute le résultat de mon engluement au pilotis d’un ordi
flottant où j’avais enchaîné trop de parties de spider solitaire…
Depuis ce jour, j'ai troqué cette stupide addiction contre celle des mots. Suis-je pour autant re-devenue normale ? Je l’ignore et je ne peux même plus consulter Grassouilline car à l’issue de cette étrange matinée, je l’ai jetée avec mon ordi-araignée dans la fosse à lutins…
par Mimi
publié dans :
Portrait par petites touches
communauté :
Au fil des mots
ajouter un commentaire commentaires (3) recommander
ajouter un commentaire commentaires (3) recommander





vec le temps. Les coussins jaune poussin sont parfois poussiéreux mais j’aime m’y enfoncer pour
bercer mon âme au gré d’un regard qui s’égare sur des perles de rose nacrées. La vue n’a rien d’exceptionnel, la mer qui ondule au loin, je pourrais la voir sur le balcon à l’étage, mais je
préfère rester là. Je me ressource en écoutant le chant des oiseaux tandis que les rayons de soleil dansent sur ma peau. Parfois, les yeux fermés, je sens les grains du temps se balancer à
travers le sablier de mon corps, enfin serein. Envolées les douleurs. Évaporées les peurs et le stress. Je regarde les fourmis pousser et les plantes se suivre en file indienne. À moins que ce ne
soit le contraire ou l’inverse. Jamais bien su faire la différence. Mais je m’égare… Je suis incorrigible.
Commentaires Récents