Jeu d’écriture (numéro 19) sur Maux
d’auteur (http://forum.aceboard.net/i-7663.htm) :
Deux « contraintes » pour le texte :
1) Il devra commencer par la phrase suivante: « Je voulais simplement te dire... »
2) Il ne devra pas s'agir d'une déclaration d'amour.
***
Je voulais simplement te dire... que je te vire. Je l’ai déjà affirmé, et même hurlé en silence à plusieurs reprises. Mais
cette fois, c’est la bonne. Tu n’as que trop régné en despote sur ma vie ! En partant, n’oublie de coincer dans ta valise ton pote conditionnel qui s’accroche aux esses de tes rais de
lumière affadie. J’en ai assez de tes scies synonymes de regret, ton mode de pensée culpabilisant, tes visions sinistres, tes crises de larmes et surtout tes cruels manques
« d’en-vie ». Tu ne m’entraîneras plus sur le grand huit de tes montagnes russes puisque j’ai décidé de te faire la peau…
La goutte d’acide qui a motivé ma résolution est ta dernière tentative d’étouffement. C’était ce matin. La nuit avait été
sereine. L’inspiration daignait enfin souffler sur mon imagination après m’avoir laissée sans voix ni voie depuis plusieurs mois. L’écran de l’ordinateur troquait enfin son voile de poussière
grise contre un cortège de petites lettres noires tendrement serrées. Je souriais béatement sans pouvoir maîtriser l’engouement de mes doigts encore engourdis, courant sur le clavier. Je
pianotais. La partition n’était certes pas symphonie mais qu’importe. Après des mois d’absence, je renouais enfin avec le plaisir d’écrire. À cet instant, tu es réapparue. Insidieuse, comme à ton
habitude. Tu n’as pas supporté que je t’échappe à nouveau. Ta voix de fausset s’est infiltrée entre mes oreilles. Toujours la même rengaine : « Si tu étais raisonnable, tu ferais autre
chose… et tu devrais… ». Et zut ! De quoi je me mêle ? Tu voulais encore m’assujettir en m’embarquant vers l’îlot d’une mauvaise conscience grignoteuse. Tout ça pourquoi ? Parce
que je tentais de me réconcilier avec ma compagne écriture ! Tu lui en voulais de t’avoir éclipsée durant des années. Quand mon lien avec les mots a commencé à s’effilocher, tu n’as pas
tardé à réapparaître. Perfidement, tu as pointé le bout de tes détestables spirales. Tu t’es délectée de l’étiolement de ma passion pour jubiler lorsqu’elle a fini par s’endormir. Tu as alors
réintégré tambour battant le premier rang de mon existence. Exclusive, tu nous voulais liées d’éternel.
Ce matin, j’aurais pu - comme souvent (pour ne pas dire toujours) - céder à ton chant de sirène et abandonner l’embryon de
texte qui prenait vie. J’aurais dû avorter ma créativité pour te satisfaire. Mais je t’ai résistée. J’ai repoussé tes remarques perfides et ton conditionnel à la noix, continuant à aligner ces
lettres, mots et phrases… que je t’offre à présent en guise d’adieu.
Aujourd’hui, tu es licenciée pour mauvais et déloyaux services. Je sais que tu ne resteras pas très longtemps au chômage car
tu as bien d’autres proies à ton arc. Mais en ce qui me concerne, tu peux toujours cogner à la porte de ma vie. Tu ne me rongeras plus car je suis enfin libérée de ton emprise… Putain de
dépression…
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