Vendredi 10 avril 2009

 

 

Jeu d’écriture (numéro 38) sur Maux d’auteur (http://forum.aceboard.net/i-7663.htm) :

 

Écrire une histoire à partir de la photo ci-dessous (photo de Doisneau) avec les deux contraintes suivantes :

Le texte doit obligatoirement commencer par : « La mer est sans routes, la mer est sans explications » (citation d'Alessandro Baricco) et finir par la phrase nominale « Intense instant ».

 

 

 

La mer est sans routes, la mer est sans explications. Telle une évidence, la réflexion avait émergé de l’enchevêtrement de pensées ondulant dans la tête de Martine… Il n’y avait rien à comprendre. Seulement à ressentir et se laisser bercer. Ignorant le ballet des estivants qui trituraient le sable blond de la baie, la petite ouvrière à la manufacture de draps d’Elbeuf ancra son regard sur un bateau qui croisait au loin… Là où l’eau et l’horizon fondent et se confondent. Submergée par une bouffée de bien-être parfumé d’effluves iodés, elle effleura son chapeau d’une caresse qui raviva aussitôt une myriade de sensations…

 

Tout avait commencé au printemps dernier quand elle s’était enfin résolue à quitter sa Normandie natale pour s’octroyer de vraies vacances. Les premières en trente-six ans ! Mathilde et Manon, ses co-équipières à l’usine, l’avaient convaincue de partager un séjour aux Sables-d’Olonne pendant la première quinzaine d’août. La préparation du voyage avait pris des allures d’expédition. Dans les valises des « Trois Ma » : « célibataires-vieilles-filles », s’étaient entassés maillots, serviettes de bain, lunettes, mules, robes. Martine avait même acheté un gros sac marin pour assurer le transport des affaires entre le camping et la plage. Tout avait été tout prévu dans les moindres détails. Tout… sauf les chapeaux !

 

Afin de réparer cet oubli, les trois amies s’étaient précipitées vers l’une des boutiques de la « Grande Plage » dès leur arrivée sur la « Côte de Lumière ». À tour de rôle, elles s’étaient relayées devant le miroir pour essayer toute la collection. Bobs, casquettes, canotiers, panamas avaient coiffé leurs mèches bouclées avec force rires et billevesées. Une demi-heure plus tard, les « Trois Ma » étaient ressorties, abritées d’une même capeline, aux allures de nid d’oiseau retourné sur un parasol de paille. Dans un premier temps, leur manège avait agacé le patron. Mais Marcel avait fini par les trouver attendrissantes. Particulièrement Martine…

 

Au fil des jours, la complicité avec ce quatrième « Ma » s’était discrètement tissée. Un sourire, une discussion, une limonade… et une invitation au bal hier. Les yeux dans le vague, Martine revivait les enlacements des paso-dobles, les effleurements langoureux des tangos et les gestes sensuels des javas. Blottie dans les bras de Marcel, elle avait vécu une soirée inoubliable. En se quittant, ils avaient échangé un baiser… Son corps en fourmillait encore de désirs. Sans doute franchiraient-ils d’autres étapes ce soir ? Ce n’était guère raisonnable mais le temps manquait. Le trio reprenait le train demain.

 

Martine avait hâte de voir les rayons du soleil s’assoupir dans l’Atlantique. Paradoxalement, elle aurait aimé que le sable ralentisse sa course émouvante pour s’incruster dans les recoins de cette dernière journée de plage. Elle avait même refusé de se baigner avec ses camarades, prétextant un inconfort lié la chaleur excessive. Surprise par la remarque incongrue, Manon en avait oublié son chapeau. En réalité, la jeune femme avait souhaité rester seule pour mieux s’envelopper du cocon de ses sensations. Envahie par une nouvelle vague de picotements, elle frissonna en imaginant les mains de son amoureux câliner l’intégralité de son corps. Intense instant.

Par Mimi - Publié dans : Jeux d'écriture - Communauté : La gazette des blogs
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