Vendredi 4 avril 2008

 

« Une galantine, j’te dis Victor ! Cette allumette n’est qu’une galantine ! », s’était-elle exclamé devant le téléviseur. Si « Les feux de l’amour » refusaient obstinément de s’éteindre depuis plus de vingt ans, sa mémoire s’étiolait chaque jour un peu plus. La maladie grignoteuse de neurones avait atteint une zone si profonde que la signification même des mots lui échappait. Les yeux humides, je l’avais fixée avec compassion, me retenant de rectifier ses propos incohérents. À quoi cela aurait-il servi de dire que Druscilla était une gourgandine et non une galantine ? J’étais épuisée par ce repas au cours duquel j’avais vainement tenté de lui expliquer que ce n’étaient pas des « bonzaïs armés de sushi jusqu’aux oreilles qui avaient attaqué « Compte Harbour » pendant la guerre de cent ans »… Ma mère avait refusé de me croire, prétextant que j’étais une étrangère ignorant tout de l’histoire de la Macédoine. La macédoine… L’image du puzzle de légumes collait si bien à celle de son cerveau éparpillé par un Alzheimer affamé…

 

Elle avait tellement changé ! Toute élégance avait disparu de son comportement. Son habillement était plus que sommaire. Toujours la même robe de chambre. L’étoffe en était élimée à force d’être triturée par ses mains noueuses. Où étaient passées les toilettes coquettes, le maquillage parfait ourlant ses yeux d’azur ? Celle qui avait été l’exemple phare de ma jeunesse, avait l’apparence d’un fruit ridé, maltraité par le temps. Ce jour là, le sommeil l’avait cueillie devant ce feuilleton stupide. Je n’ai jamais saisi en quoi de telles histoires invraisemblables et abracadabrantesques peuvent passionner les foules. Sans doute n’y a t-il rien à comprendre. J’étais si lasse. Assise sur le fauteuil, près du lit de ma mère, je finis par m’endormir sur le dernier Stephen King…

 

Vers seize heures, alors que je m’apprêtais à prendre congé, ses doigts agrippèrent mon chandail. Sans prononcer un mot (de longues périodes de silence alternant avec une volubilité confuse), elle semblait me supplier de rester. Je posai tendrement ma main sur la sienne avant de regagner la sortie. Comme chaque semaine depuis cinq ans, j’étais arrivée à midi. Après quatre heures auprès d’elle, j’étais sur les rotules. Habituellement, je partais sans un regard de sa part. Pas ce jour là. Au moment de franchir le seuil de la maison spécialisée où elle vivait, je l’entendis hurler mon prénom. Cela n’était plus arrivé depuis bien longtemps. Me retournant, j’aperçus sa frêle silhouette dans le hall. Pieds nus, les cheveux en bataille, elle me fixait de son regard profond, celui d’avant la maladie… Les yeux emplis de larmes, elle me tendit une bonbonnière de porcelaine et accompagna son geste de ces incroyables paroles : « Tiens, ma fille. Voilà ton cadeau de Noël. La boîte de Pandore t’appartient maintenant… ». La nuit suivante, le 8 février, son cœur cessa de battre.

 

Pendant des semaines, je me sentis honteuse et coupable de ne pas avoir su comprendre. De ne pas lui avoir offert un peu plus de mon temps. Mais les regrets ne servaient à rien. Elle était enfin libérée du mal invisible qui l’avait tant dégradée. Par peur ou par superstition, je n’avais pas ouvert le petit coffret, offert en guise d’adieu. Les propos de ma mère étaient certes incongrus, mais l’allusion à l’histoire de la jarre mythique contenant tous les maux de l'humanité, m’effrayait beaucoup trop. J’avais donc rangé la mystérieuse boîte dans un tiroir de la commode, me contentant de la frôler chaque fois qu’un de mes soutiens-gorge se coinçait dans la rainure du fond. La veille du 14 juillet, j’eus la désagréable surprise de retrouver mon appartement sans dessus dessous. Des cambrioleurs s’étaient introduits par effraction dans mon intimité. Plus que volée, l’atroce sensation d’un viol me submergea. Ma lingerie avait été souillée par d’ignobles individus qui avaient dérobé mes bijoux après avoir déversé le contenu de la commode sur le sol. Les débris de porcelaine essaimés dans les dentelles pastel me bouleversèrent. Hébétée, les yeux noyés de larmes, j’étais en proie à une insupportable douleur… comme si ma mère mourait une seconde fois. Jamais, je ne saurais ce qu’elle avait souhaité me transmettre. Il ne me restait plus que le mince espoir de voir la police étriller ces malfrats le plus vite possible, afin que le butin soit récupéré intégralement…

 

Au fil de l’été, aucune nouvelle ne vint apaiser mon émoi. « L’enquête suit son cours, Madame. Vous serez prévenue dès qu’il y aura du nouveau. », me répondait-on invariablement lorsque j’appelais le commissariat. Toutefois, il fallait être lucide. Plus le temps passait, plus les chances de retrouver mes bijoux et le contenu de la boîte s’amenuisaient. Cette perspective m’angoissait chaque jour davantage, au point de m’en rendre malade. Matin et soir, je croisais mon reflet dans le miroir de la salle de bains. Un visage de papier mâché au teint éteint, témoignait d’une fatigue extrême. En septembre, à bout de force, je me résolus à consulter un médecin. Les analyses révélèrent une accumulation de bilirubine, caractéristique d’un ictère… autrement dit une jaunisse, consécutive à un trop-plein de contrariétés. L’homme de sciences me prescrivit du repos et m’incita à entreprendre un travail intérieur pour « faire mon deuil »… détestable expression dont le sens m’avait toujours échappé…

 

À l’inverse des recommandations médicales, je mis à profit la semaine de calme forcé pour dépoussiérer le cadre de ma vie si terne. Sans ménager mes forces, métamorphosée en toupie frotteuse et aspirante, je nettoyai les moindres recoins de mon appartement, m’étourdissant de travaux pénibles et peu passionnants. Ce ménage intensif me permit de dénicher des éclats de porcelaine sous le sommier ainsi que trois pétales de soie blanchâtre. Peut-être des miettes de l’offrande de ma mère ? Cette possibilité m’incita à les garder dans un étui à lunettes usagé. Après sept jours de décrassage, lavage, repassage… mon logement étincelait tandis que pantelante et lessivée, j’admirais avec fierté les effets de l’huile de coude. La pseudo satisfaction s’évapora dès la reprise de mon travail. Clairement, ce subit engouement pour le ménage n’avait été qu’un prétexte pour fuir la réalité, ne pas penser et surtout anesthésier la brûlure intérieure qui me déchirait encore, toujours, de plus en plus fort…

 

Imperturbablement, la vie continua à dérouler son fil sans aucun fait marquant. Mon existence baignait dans le gris persistant de la routine. Cette année là, les fêtes de fin d’année et leur clinquant attirail de cadeaux et de nourriture surabondante, me parurent sans saveur. Le moral en berne, je m’enfonçais dans la spirale de la tristesse. Seules les visites au cimetière m’apportaient un certain apaisement. Je fleurissais aussi souvent que possible le marbre moucheté de la stèle. Mais roses, lys, œillets, chrysanthèmes… fanaient en un clin d’œil. Ce jour de février, malgré la température glaciale, j’avais tenu à rendre visite à ma mère, disparue tout juste un an plus tôt. Les paupières closes, je priais en silence lorsque j’entendis clairement : « Tu devrais essayer les asphodèles ! ». Dans un sursaut, mes yeux, rougis par les pleurs et le froid, s’écarquillèrent d’effroi. Instinctivement, je répondis dans le vide « Des quoi ? ». La voix répéta : « Des asphodèles ! C’est plus résistant ! ». Un instant, je crus à halluciner. Quelqu’un avait vraiment parlé. Mais qui ? Le cimetière était désert. Le cœur cognant à tout rompre, je pivotai sur moi-même et reconnus son visage…

 

Nous ne nous étions plus croisés depuis… depuis… j’avais perdu le compte. Claude avait vieilli. L’ado aux allures déjantées et à la coiffure punk, était devenu un sobre quadrat. Ses traits s’étaient épaissis et ses cheveux raréfiés. L’an dernier, j’avais aperçu sa silhouette sombre ici même, perdue au milieu des nombreuses personnes venues rendre hommage à ma mère. Mais, la douleur était alors telle qu’aucun échange n’avait été possible. Depuis, le temps avait façonné son action cicatrisante. Même si à l’évidence, je n’avais toujours pas « fait mon deuil ». Après le cimetière, mon ami d’enfance proposa d’aller nous réchauffer autour d’un chocolat chaud. Sans hésiter une seconde, j’acceptai son invitation. Ce jour marqua le début de ma renaissance…  

 

Tous deux divorcés, nos solitudes s’apprivoisèrent au fur et à mesure. Dès l’été suivant, nous décidâmes de vivre ensemble. Je laissai sans regret mon appartement pour m’installer dans la maison de Claude. Le déménagement permit de découvrir derrière le pied de l’armoire normande encore quelques miettes de porcelaine encollée de minuscules fragments d’étoffe grisâtre ainsi qu’une sphère veinée d’or et de brun. Grosse comme un petit pois, la provenance de cette boule aux allures de perle m’était totalement inconnue. Dès cet instant, le doute n’était plus permis. Il s’agissait bien d’une parcelle du « trésor » de ma mère. J’enfouis les reliques de bonbonnière dans le vieil étui où dormaient ceux récupérés lors du grand ménage de septembre. Quant à ma précieuse trouvaille, je l’enveloppai de papier de soie afin de la faire expertiser.

 

Les bijoutiers qui l’examinèrent furent d’accord sur le fait qu’il s’agissait d’une pierre fine, plus exactement d’un œil-de-tigre… En revanche, les estimations les plus fantaisistes y furent associées, d’autant que le contour présentait trois griffures réparties à équidistance. Sans doute cet œil avait-il orné le chaton d’une bague. Qu’importe, je ne souhaitais pas le vendre mais le faire re-sertir afin de conserver le dernier souvenir de ma mère. Après réflexion, j’optai pour la réalisation d’un pendentif circulaire incrusté d’une triskèle d’or, centrée sur la pierre. 

 

Dès l’instant où le bijou fut accroché autour de mon cou, une incroyable tranquillité s’installa dans mon esprit. Inconsciemment, je lui attribuai les vertus d’un talisman. Parfois, j’imaginais l’âme de ma mère incrustée dans cette pierre providentielle. Souvent mes pensées erraient à la recherche de celle qui me manquait toujours autant. Dans ces moments là, Claude me surnommait avec tendresse : « sa petite sélénienne ». Heureusement, avec le temps, mes séjours dans la Lune se sont espacés. Aujourd’hui, la sérénité demeure.

 

J’ai enfin « fait mon deuil »…

 

 

(Les mots soulignés sont ceux d’un logorallye proposé par le site « poudreurs d’escampette » : http://fr.groups.yahoo.com/group/poudreursdescampette)

par Mimi publié dans : Textes courts communauté : Au fil des mots
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Samedi 12 janvier 2008

 

Pourquoi les résolutions devraient-elles être prises en janvier plutôt qu’en août ou en avril ? Une coutume, dites vous ? Hum… Oui… Peut-être. Dès lors, cela sonne comme révolution, celle de la Terre bien sûr, pas nous… qui tenons trop à nos petites têtes pour risquer le couperet de Monsieur Guillotin. Mimi réveille-toi, on est en 2008, pas en 1789 et la Bastille, c’est un Opéra aujourd’hui, plus une geôle…

 

Revenons donc à nos moutons défrisés (comme mes cheveux). À ce propos, ma première résolution sera de soigner ma tête (l’air de rien, y’a une certaine cohérence dans mes idées…). La bichonner aussi bien extérieurement qu’intérieurement. D’ailleurs, j’ai rendez-vous chez mon coiffeur-psy vendredi prochain. Quelques gouttes de lumière sur les mèches et hop, 10 ans de moins !!!

 

Il en reste six à trouver…

 

Deuxième résolution : manger sainement. Légumes, fruits, poisson, pain complet… Bon, un peu de chocolat de temps quand même. On n’a qu’une vie dont on se souvienne, il faut bien en profiter. De toute façon, je suis gourmande (je vous invite à ce propos à lire mon cream passionnelle : http://couleur-pradoline.over-blog.com/article-11883165.html), autant dire que cette résolution se verra régulièrement dotée de quelques entorses. 

 

Troisième résolution : écrire… écrire… écrire. Et encore écrire… De toute manière, ça ne rime peut-être pas avec respirer mais les mots sont les bulles d’oxygène de ma vie. Donc, je ne sais pas faire autrement. Je martèle une fois encore : écrire… Dès lors, pourquoi ne pas rêver et obtenir de bonnes places aux concours ainsi que réussir à publier le recueil de fulgures écrit en collaboration avec Cathounille (l’acteplumeuse de la gazette).

 

Quatrième résolution : ? On a le droit de sauter à la septième directement sans passer par les cases 4, 5 et 6 ? Non ? Je risque d’aller en prison comme au Monopoly… OK, OK, je réintègre le moule des résolutions… Donc, donner du temps à ma famille et mes amis. Les écouter et leur apporter toute l’empathie possible. Au diable l’indifférence et l’égoïsme… Celle-ci est courte mais ambitieuse.

 

Cinquième résolution : ? Bouh, c’est dur d’être gazetteuse ! Peut-être arrêter de me faire du souci pour tout et surtout rien. Je me tue à répéter la phrase de Mark Twain : « Dans ma vie, j’ai eu beaucoup de problèmes mais la plupart ne sont jamais arrivés », il serait temps de l’appliquer plus souvent…

 

Sixième résolution : on approche de la fin… et je me sens autant fatiguée qu’Hercule au seuil de son septième travail. Donc, en avant-dernière position, la résolutionnaire irrésolue que je suis va tout simplement zapper cette étape. Tant pis si je suis sanctionnée. C’est la résolution frondeuse…   

 

Septième résolution : the last but not the least. Trouver ma voie afin de savoir enfin qui je suis vraiment…     tagada.jpg

 

Si vous m’avez lue jusqu’au bout, grand-merci. Pour la peine, je vous offre un esquimau à la fraise tagada. Vous le trouverez caché sous les mots de la deuxième résolution…

 

À très bientôt…

 

 

 

 

par Mimi publié dans : Textes courts communauté : La gazette des blogs
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Vendredi 11 janvier 2008

Vendredi 11/01/2008. Si l’on additionne les éléments composant cette date, nous avons (attention les neurones commencent à clignoter !) : 11 + 1 + 2 + 8. Cela nous donne donc 22. Ce qui se réduit à 2+2 qui font 4…

Selon une logique aux connexions assez floues, mon article du jour devrait être aussi simple que la formule précédente. Pour une première dans la gazette, je sens que je ne vais pas me faire que des copain(ine)s…

Trop compliquée cette… comment déjà ? Praline ? Non Pradoline !…

 

Oui, Prado c’est moa !!!! En fait, vous l’aurez évidemment compris, ce n’est qu’un pseudo (emprunté à mon enfance). J’en ai d’autres, je me suis appelée Brin de Mot sur un site bleu (aujourd’hui disparu… Paix à son âme virtuelle) qui a affûté mes textes en maximum 1500 caractères (http://www.fulgures.com, cliquez de temps en temps, le rideau finira peut-être un jour par se relever…), je suis aussi Mimimouche sur le forum « Cercle de Maux d’Auteurs » (http://forum.aceboard.net/index.php?login=7663), Mimi sur d’autres ateliers tel celui des poudreurs (http://fr.groups.yahoo.com:80/group/poudreursdescampette) etc… Mais je vous ai sans doute déjà perdu(e)s… 

sctromphfette.jpgDonc pour revenir à l’écrivette (juste pour rimer avec quoi d’ailleurs ? Crevette, maquette, pâquerette, andouillette, schtromphette ?) que je suis, « pour de vrai », je m’appelle Michèle. Et comme le clavier adore glisser des coquilles sous la pulpe généreuse de mes doigts, je l’ai grugé en réduisant mon prénom. Je vais donc vous présenter Mimi…  


 

Ouf ! Elle en a mis du temps juste pour nous donner son nom, celle-ci… On n’est pas rendus si elle nous raconte sa vie. Surtout qu’elle a plus d’un demi-siècle, cette Mimi là. Z’avez remarqué ? Je pense pour vous… Ne m’en veuillez pas, j’adore l’écriture (donc la lecture) interactive. Au passage rassurez-vous, je ne vous dirai rien de plus sur moi. Les textes de mon blog le feront à ma place (surtout la rubrique « Portrait par petites touches »). Cependant, je ne résiste pas à vous livrer quelques unes de mes marottes :

1.     J’use et j’abuse des parenthèses (ça permet de dériver, déjanter… et ça j’adôôôôre !)

2.     Je suis aussi un peu elliptomaniaque. « Arrête avec tes points de suspension, Mimi ! » Me répétait une de mes amies, relectrice de mes premiers écrits. Depuis, je me suis soignée mais chassez le naturel, il revient par le hublot…

3.     Fan de guillemets, j’ai fait des cures d’amaigrissement, mais la gourmandise est un vilain défaut qui ne s’assèche pas aussi vite que les pruneaux.

4.     Avide de néologismes et de jeux de mots ? Disons des « pradolineries » un peu, beaucoup, passionnément, à la folie !

5.     À vous de découvrir le reste…

 

Je vous quitte car j’ai des résolutions sur le gaz…

 

Mimi

 

PS : Un dernier mot (je suis aussi très consommatrice de « PS »…, là je vous ai fait un lot de mes petites manies lol !), c’est Cathounille (http://textescourts.over-blog.com où vous trouverez une excellente « gazette des rois » truffée de fèves-résolutionnaires), mon amie de plume depuis plusieurs années qui m’a conduite à vous…

par Mimi publié dans : Textes courts communauté : La gazette des blogs
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Lundi 10 décembre 2007
 
 
Pfff !!! Fait pas beau aujourd’hui. Je le vois au peu de lumière qui filtre à travers les volets. Mais cela m’est égal, je suis bien sous la couette, blotti contre son dos… Je reste silencieux et me fais tout petit pour la laisser dormir encore un peu. Elle semble si fatiguée. Le noir de la nuit dernière a encore viré au blanc. Tourne dans un sens et tourne dans l’autre… allume la lumière, feuillette trois pages, peste contre les aiguilles d’un temps tournant au ralenti… L’est fatigante. Quand cela lui arrive, je reste zen et ne dis rien. De toute manière, je ne saurai pas comment l’aider à lutter contre cette maladie là. Mais la voilà qui s’agite. Le réveil vient de chanter. Ses paupières s’ouvrent sur un regard plein d’amour. Elle tend sa main vers moi et me caresse avec affection. Ouah ! J’adore ce moment là…  Dommage, ça ne dure pas car ce matin, elle est pressée…
 
Après avoir expédié le petit-déjeuner, elle a pris sa douche, s’est habillée et nous sommes partis. Dans la voiture, je trépigne. Oh ! Je n’aime pas ça. Mais pas du tout. Ça sent mauvais… tous ces embouteillages. Elle a beau me dire qu’on est bientôt arrivés, cela ne me rassure pas. Je flaire un mauvais coup de sa part…
 
Et voilà, nous sommes devant la boutique que je déteste. J’avance à reculons. Je résiste mais c’est trop tard. Mon adorable maîtresse m’abandonne aux griffes de Cruella, la toiletteuse… Régulièrement, elle m’amène ici et je peux vous dire que je passe un sale quart d’heure. Disons plutôt trois heures. Bouh ! J’aimerais bien que le temps s’accélère. La méchante va m’asperger d’eau et de shampoing, de lotion anti-truc, m’enchaîner pour passer un atroce instrument qui fait « bzzzzzzzz » en grattant tous les poils de mon corps, me couper les ongles, me brosser les coussinets… Et dire qu’on appelle cela « se faire bichonner »… Moi qui suis un bichon frisé, je puis vous assurer que les humains ont tout faux. Pfff !... L’épreuve du toilettage est une torture. À l’occasion, j’en toucherai deux aboiements à mes potes d’Amnesty.
 
Ouf ! Apjo.jpgrès une éternité, je suis enfin prêt. J’ai hâte de sortir d’ici. L’air est irrespirable. En plus, j’ai la détestable impression d’être une nana avec ce parfum qui empeste la vanille. Pouah ! Et cette Cruella qui affiche un sourire éclatant. Surtout devant les clientes qui s’extasient devant moi : « Oh comme il est mignon, on dirait une peluche vivante… ». Si je pouvais, je leur dirais ce que pense vraiment la peluche… mais une fois de plus, je reste zen. Tiens, en attendant le retour de ma maîtresse, je vais m’installer sur ce vieux pouf élimé. Je bondis sur le plaid tout laid – en fourrure vert caca -. Subitement, l’infâme Cruella s’écrie : « Non Jo, pas sur mon crapaud… ». Son crapaud ?  Drôle de nom pour un siège… À moins que ce ne soit le cent deuxième tour de cette vieille sorcière. J’imagine qu’après un toilettage raté, elle a transformé le batracien en fauteuil inanimé pour ne pas avouer son incompétence… Du coup, j’en tremble. Imaginez. Si ma maîtresse venait à m’oublier dans cet enfer. Cruella pourrait me jeter un sort et « Arbre Akad Arbre A… », je serais métamorphosé en bonzaï, vu ma taille miniature. Je serais le premier bichonnier à feuilles cotonneuses et frisées… Brrr !!!! J’ai réussi à me faire peur tout seul. Faut vraiment que j’arrête d’écouter ma maîtresse lire ses textes à haute voix, surtout ceux destinés aux escampeurs de poudrette. Ça me donne de drôles d’idées quand même…
 
Ah ! Voilà enfin, ma douce maman. Ouf ! Je suis sauvé… Elle semble ravie. « Oh comme tu es beau mon Jo… Tu aimes le toilettage, n’est pas ?... ». Une fois de plus, je reste zen. Je ne vais pas la contrarier. Elle risquerait de dormir encore plus mal. Et là, je ne vous raconte pas les histoires qu’elle serait capable d’imaginer. Heureux de quitter Cruella, son crapaud et ses sorts bonzaïques, je remue fièrement le panache de ma queue, tentant d’oublier que dans deux mois, il faudra revivre cette aventure… En attendant, restons zen…
par Mimi publié dans : Textes courts communauté : Au fil des mots
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Mercredi 31 octobre 2007


« La blétitude, ça n’existe pas… »



 
Les petits bonheurs se font rares ces derniers temps. Flemme ? Plutôt flamme éteinte. Pour raviver une écriture endormie, juste quelques mots tendres mais pas blets…
 
Dans son jardin propret, Dame Bette poussait à l’ombre de tout souci. Mais de tout plaisir également. Cette demoiselle était une parfaite représentation de la fabuleuse morale attribuée à Monsieur du Puits :
« À trop vouloir se protéger du malheur, on s’isole du bonheur… »
 
Les racines fortement ancrées dans sa terre du sud, elle coulait des jours tranquilles sans manquer de soleil ni d’eau, nourriture… Sa carapace d’un vert lumineux et craquant abritait une nature généreuse, prête à tout accepter pour le bonheur de sa claire descendance. Toutefois, l’indispensable avait disparu de son existence depuis des lustres. Résignée, elle s’apprêtait à mûrir ainsi. C’était sans compter sur la malice du troll Aladan qui veillait sur elle. Un jour de printemps, du fond de son étoile lointaine, il décocha un message énigmatique qui vint s’incruster dans ses blanches cardes. Avec deux initiales et une poignée de numéros, le génie malin avait ouvert la porte des rêves. Depuis des années, Dame Bette y pensait intensément sans jamais imaginer qu’un tel miracle se produirait.
 
À l’encre de chine sympathique, elle envoya sur les ondes des mots d’amour. À l’autre bout du monde, l’écho se fit d’abord pirouette. Contre vents et marées, elle insista jusqu’au jour où l’on vint toquer à la porte de sa vie…
 
L’histoire n’en dit pas plus. Mais au fond des chaumières, on chuchote qu’une merveilleuse renaissance se produisit. Dame Bette rayonnante, avait enfin trouvé le chemin…
 
 
 
 
« La belle et le rebelle »  
 
Une fois n’est pas coutume, voici la suite du conte de Dame Bette (cf. La blétitude, blablabla…).
 
Sur la voie du bonheur, Dame Bette embellissait à vue d’œil. Les nervures de ses feuilles (d’un vert indéfinissable) bouillonnaient de sève. La métamorphose laissait coi plus d’un jardinier. Tous s’accordaient à lui trouver du charme, du piquant, du mordant, du chien … bref, ce je-ne-sais-quoi qui donne des ailes à la vie.
 
Mue par d’incroyables sentiments, elle s’évertuait à semer des mots telles des graines au gré d’un vent d’été fort capricieux. Mais l’écho demeurait faible, pour ne pas dire inexistant. Seules quelques ondes émanant d’une nouvelle créature mythique (une licorne, le troll Aladan ayant disparu) la rassuraient. Était-ce un émissaire de celui qui avait déclenché cette superbe histoire ? Dame Bette l’ignorait mais voulait y croire.
 
Elle continua à émettre. Mais l’absence persistante de retours commença à engorger ses pousses qui se recroquevillaient. Fanitude et blétitude, reléguées depuis peu sur le « potager-étagère » poussiéreux, menaçaient de re-prendre possession de son âme.
 
Qu’allait-il advenir ? Que faisait ce rebelle qui entretenait le mystère et la souffrance de la belle Dame Bette ?
 
On continue à chuchoter dans les chaumières que l’histoire n’est pas finie. Mais nul n’en connaît l’issue. Sauf peut-être vous ? Oui, vous, là !...
 
par Mimi publié dans : Textes courts communauté : Au fil des mots
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