Lundi 19 novembre 2007

 

Lundi 19 novembre 2007.
Il ne s’agit pas d’une coquille. La date est exacte. Par la magie de la fée écriture, Pradoline a fait un bond dans le temps. Propulsée à quarante-quatre ans de ses derniers mots d’enfant…
 
 « … Alors Mon Dieu, s’il vous plaît, éloignez de moi la « fée des pleurs » et faites que les gens que j’aime ne partent jamais trop loin en voyage… »
 
Bien sûr, Dieu n’a pas exaucé ses vœux. Pépère s’en est allé en 1965. Maman, puis Papa ont suivi, plus tard. Beaucoup plus tard
 
Pour conclure les aventures de Pradoline, j’aimerais vous confier quelques clés ainsi que plusieurs réflexions.
 
***
 
Tout a commencé en août 2005 sur le cyber atelier d’écriture Imaginair (http://imaginair.pageslibres.net). Le thème du mois était « Les couleurs de l’enfance ». J’en étais aux balbutiements de ma passion des mots offerts aux autres. Aussitôt, l’envie de décrire les états d’âme d’une petite fille triste vêtue d’un manteau rouge dans les nuances de l’hiver m’a tentée. À cet instant, il n’était pas question d’écrire la moindre suite. À la faveur d’un commentaire, l’idée de continuer s’est insinuée pour ne plus me quitter durant plusieurs semaines. Un plongeon dans la mémoire a fait ressurgir de nombreux souvenirs réels, mêlés au fruit de mon imagination. Forte du pouvoir de l’écriture, Pradoline a réussi à échapper à la colonie de vacances, ce qui ne fut pas le cas, en réalité. Il faut avouer que presque un demi-siècle plus tard j’en garde un si douloureux souvenir que je n’ai pas voulu revivre cet épisode. Aussi l’ai-je évoqué en décrivant les faits tels que j’aurais voulu les vivre et non pas comme ils se sont déroulés. Au cours de ces aventures, ma plume a gommé certaines imperfections, enjolivé, idéalisé certaines situations tout en gardant un très fort contact avec la vérité. Pradoline est devenue une auto-fiction.
 
À la fin du chapitre 15, l’inspiration s’est envolée en même temps que l’oncle de Martine. Le manuscrit est resté dans mes tiroirs virtuels pendant plusieurs mois. Au début de cette année, je l’ai retouché en tentant d’insuffler un style plus léger. Malgré cette ré-écriture, je n’en étais pas satisfaite car à l’évidence, il demeure un certain nombre de faiblesses dans le récit. Qu’importe, j’y ai puisé une force qui m’a aidée à accepter l’absence de ceux qui se sont envolés vers la mystérieuse contrée. Aujourd’hui, la gorge, toujours serrée, je peux sourire en pensant à ceux que j’aime toujours si fort. Mes mots leur rendent un hommage sincère.
 
Il n’y aura pas de suite car Pradoline a déchiré le carcan de son carton de poupée modeleuse de mots. Elle a grandi, mûri et n’aurait plus la même candeur. Aussi, la seule fin que je puisse proposer prend la forme de cet épilogue. 
 
J’ai tenu à vous offrir ce bout de vie en illustrant les divers chapitres d’images non réelles. Il est temps à présent de vous dévoiler les traits de la vraie Pradoline.

Pradoline en Algérie entre un et cinq ans
1an.jpgpoussette.JPGdemoiselle-d-honneur2.JPGmanteau-rouge.JPG

 affichebis.JPG   affiche2.JPG     balcon.JPG        demoiselle-d-honneur.JPG

Pradoline en France entre six et huit ans

                       bateaubis.JPG          dans-la-rue.JPG

          
noel.4.JPGau-revoir.JPG    
            
             

Un dernier mot. Vous vous demandez peut-être quelle est l’origine de ce surnom… Je pourrais aisément l’expliquer mais cela ne présente pas grand intérêt et pourrait rompre le charme qui y est associé. Aussi permettez-moi de garder ce petit secret pour moi…


Merci de m’avoir suivie.
 

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Mimi-Pradoline

 

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Lundi 19 novembre 2007
 
 
Mercredi 9 janvier 1963.
Durant les deux premiers jours de cette semaine de reprise, Martine a été absente. Plusieurs fois, Pradoline a tenté de la joindre par téléphone, mais elle n’a eu aucune réponse. Elle s’est beaucoup inquiétée pour son amie et a même demandé à la maîtresse si elle savait quelque chose. Madame Rikowsky, n’a jamais vu Martine et n’a eu aucune nouvelle. Pradoline est vraiment triste et esseulée. Elle ne comprend plus rien. Son désarroi est de plus en plus insupportable et à la maison, personne ne semble se soucier de ses tracas. C’est à peine si elle confie quelques bribes à Motus. Elle imagine toutes sortes de scénarios, mais aucun ne tient la route bien longtemps. Heureusement, le mercredi matin enfin, Martine est de retour…
 
Le cœur de Pradoline sautille gentiment dans sa poitrine. Ouf ! Elle est soulagée de revoir son amie qui lui a tant manquée. Mais Martine semble fatiguée ce matin. Aurait-elle été malade ? Juste avant de rentrer en classe, les deux fillettes échangent quelques mots. Martine est assez peu loquace et promet à Pradoline de tout lui expliquer à la récréation. Que ces deux heures lui paraissent longues et cette pauvre Madame Rikiki n’arrive pas à capter l’attention de Pradoline qui piaffe d’impatience. Enfin, la sonnerie retentit…
  martine-triste2-copie-1.jpg
Pradoline se précipite dans la cour de récréation, suivie de Martine qui avance d’un pas lent. Elle est toujours silencieuse. Ne contenant plus son impatience et sa curiosité, Pradoline entame le dialogue et débite une série de questions à la vitesse d’une mitraillette :
      Martine, pourquoi tu n’étais pas là hier et avant-hier ? Tu as été malade ? Tu m’as à peine parlé ce matin ! Tu vas mieux ? Tu sais, je t’ai même appelé chez toi et personne n’a répondu… Dis-moi, raconte-moi !
      Euh… Tu sais je n’ai pas trop envie de parler. J’ai mal à la tête et je me fais du souci.
      Du souci, mais pourquoi, Martine ? Tu n’as pas passé de bonnes vacances ?
      Hem… ! Non, enfin oui…. Mais en fait, non… Je ne sais plus très bien…
      Mais alors, c’est oui ou c’est non ?
      Et bien, c’est plutôt non. Jusqu’au soir de Noël, tout allait très bien. Le lendemain, j’ai trouvé de très beaux cadeaux dans mes chaussures, au pied de l’arbre. Mais dans l’après-midi, on a reçu un coup de téléphone et tout a changé. Ma mère a crié « Mon Dieu, c’est pas possible, u dintù [1]! » et s’est mise à pleurer. Sur le moment, même si je n’ai pas tout saisi, j’ai bien compris qu’il était arrivé quelque chose à mon oncle Emile, le berger qui vit dans la montagne. D’ailleurs, le lendemain, alors que ce n’était pas du tout prévu, nous sommes partis avec mes parents en Corse. Là-bas, tout était vraiment triste et sinistre. On n’avait pas le droit de rire ni de poser de questions. Ma grand-mère n’arrêtait pas de pleurer et passait des heures entières dans la cuisine à parler à voix basse avec ma mère. Elles parlaient en corse pour qu’on ne comprenne pas. Mais moi, je voyais bien que ça n’allait pas du tout. Nous sommes revenus seulement hier, avec ma grand-mère dans nos bagages…
      Ah mais c’est bien, non ? Tu en as de la chance d’avoir une grand-mère. Moi, je n’en ai connu aucune.
      Bof ! La mienne n’est pas très gentille. Depuis qu’elle est à la maison, il a fallu que je lui laisse ma chambre et elle passe la journée à faire des messes basses avec ma mère dans la cuisine. D’ailleurs, elles s’arrêtent de parler dès que je rentre…
      Oh, tu sais, moi aussi j’ai dû laisser ma chambre à mon grand-père quand il est revenu d’Algérie. On s’y fait très bien. Depuis on est devenus très amis lui et moi. Mais alors, dis-moi, pourquoi êtes-vous allés en Corse ?
      Je te l’ai dit, il est arrivé quelque chose de grave à mon oncle…
      Oui, mais quoi ?
      Euh, je ne sais pas bien…
      Et tu n’arrives pas à savoir de quoi elles parlent ?
      Et bien, je pense que c’est encore et toujours de mon oncle Emile ! Et quand je demande ce qui lui est arrivé, ma grand-mère répond dans un sanglot : « u dintù, u mo figliolu ! » [2]
      Ah oui ? Et alors ? Qu’est ce que ça veut dire ?
      Je ne sais pas exactement, mais je pense que ça signifie que mon oncle a été très malade. Peut-être même qu’il est mort… 
      Mort ? demande Pradoline, incrédule.
      Oui…
Sur ces mots, Martine s’écroule en pleurs. Pradoline s’approche de son amie et l’embrasse en essayant de la réconforter avec ses petits mots maladroits mais si sincères. Elle pleure aussi. Elle ne sait pas vraiment ce qu’est la mort. Elle se souvient seulement que Maman lui a expliqué que son Papy d’Algérie, qui lui donnait des dragées, était parti pour un voyage très lointain dont il ne reviendrait plus. Etait-ce cela la mort ? Un voyage sans retour ? Pradoline ne sait plus quoi faire pour aider son amie. Elle est encore bien trop petite pour trouver les mots et les silences. La sonnerie de la récréation les sort de leurs pleurs, les ramenant à la vie qui continue.
 
Durant toute la journée, Pradoline repense à ces paroles, sans oser en reparler avec Martine qui semble trop peinée. Elle la regarde et est aussi triste qu’elle. Elle préfère changer de sujet et la met au courant des devoirs que la nouvelle maîtresse a donnés en deux jours. Elle fait tout pour éviter de revenir sur les douloureuses pensées évoquées au cours de la récréation du matin. Cependant, ce n’est pas parce qu’elle n’en parle pas qu’elle n’y pense pas. Bien au contraire. Étrange sensation, comme si cela lui était arrivé, à elle. Elle se demande bien pourquoi quand elle aime quelqu’un, elle ressent tout, comme si elle était à l’intérieur de cette personne. Et aujourd’hui, elle a mal, mais ne veut rien montrer. En même temps, elle imagine que si elle cache ses émotions, les autres risquent de penser qu’elle « s’en fout ». Elle ne sait plus très bien quoi faire. Tenaillée entre ce qu’elle ressent tout au fond d’elle-même et ce qu’elle exprime en surface.
 
***
 
Le soir en arrivant, Pradoline confie à Maman ses peines et ses interrogations, devant son chocolat fumant :
      Dis, Maman, c’est quoi la mort ?
      Mon Dieu quelle question ! Pourquoi me demandes-tu cela ?
      Parce que Martine est enfin revenue à l’école. Elle était partie en Corse pour voir son oncle qui est peut-être mort.
      Il est peut-être mort ou il l’est vraiment ?
      Je ne sais pas. Mais, quelle différence cela fait-il ? Dis-moi ce qu’est la mort.
      Eh bien, ma chérie, c’est un peu compliqué. C’est quand on part pour ne plus jamais revenir.
      Oui, mais on va où, alors ?
      Ah ça, je ne sais pas. Personne n’est jamais revenu pour le dire. Peut-être au Ciel. Le corps disparaît. Quant à l’âme, elle continue à « vivre » ici ou ailleurs.
      Mais c’est quoi l’âme ? À quoi ça ressemble ?
      Cela n’a pas de forme bien définie. C’est une sorte d’esprit invisible incrusté dans tout notre être et qui nous anime. Quand ceux que l’on aime disparaissent, un peu de leur âme reste en nous…
Sur ces mots, Maman se met à pleurer. Pradoline fond également en larmes. Ne supportant pas de voir sa mère ainsi, elle lui dit en reniflant :
      Non, Maman, ne pleure pas s’il te plaît. Je ne veux pas. On va arrêter de parler de la mort car à chaque fois, tout le monde éclate en sanglots. Allez Maman, raconte-moi autre chose….
Là-dessus, Maman serre très fort sa petite fille contre elle et ajoute sur un ton très ému :
      Excuse-moi, ma chérie, je n’ai pas pu me contenir. Cela ravive toujours trop de souvenirs et de douleurs quand je pense à ma mère… Mais, tu as raison, parlons d’autre chose. Tu n’as pas oublié que demain c’est jeudi et que nous reprenons toutes nos activités ?
      Non, Maman, je n’ai pas oublié. J’ai fait mes exercices de piano. Madame Audier devrait être contente. Je sais aussi que l’on va encore resserrer la « Fée Radan » et que demain après-midi, on retrouvera Cruella… Oui Maman je sais tout ça…
 
Pradoline sort de la cuisine où elle laisse Maman pensive et se rend dans la chambre de Pépère. Elle songe que lui aussi, un jour, partira pour un long voyage. Mais, elle refuse d’y penser et décide plutôt de confier ses émotions de la journée à son ami Motus. Saisissant Colorus, elle commence à écrire :
 
« Bonjour mon Motus,
Oh lalalala, quelle journée ! Enfin Martine est revenue… J’étais si contente. Mais elle était différente et pleurait beaucoup. C’est parce que son oncle Emile, le berger qui fait des fromagesmort.jpg de brebis, est sans doute mort… Je ne sais pas bien ce qu’est la mort, mais je pense que c’est un voyage vers un pays si loin pour qu’on ne peut plus en revenir. J’aurais aimé l’aider et soulager un peu sa peine mais je ne sais pas comment faire. Elle semblait si triste, si loin… Curieusement, quand j’ai posé des questions à Maman au sujet de la mort, elle aussi s’est mise à pleurer au moment où elle m’expliquait ce qu’était l’âme… Je n’ai pas tout compris. C’est bien compliqué pour quelque chose de transparent. Selon Maman, c’est en nous, mais on ne sait pas où. Et sur notre âme, vient s’ajouter un peu de celle des voyageurs disparus… C’est trop complexe pour moi. Je trouve que la mort est une étrange « chose » qui a beaucoup de pouvoir puisqu’elle rend triste, simplement quand on en parle. C’est comme une fée malfaisante et je ne veux pas la rencontrer. D’ailleurs, je n’ai pas envie d’en parler davantage. Alors Mon Dieu, s’il vous plaît, éloignez de moi la « fée des pleurs » et faites que les gens que j’aime ne partent jamais trop loin en voyage.
 
Même si je ne veux pas le montrer, je dois t’avouer, mon cher Motus que je suis trop émue pour continuer. Mais tu es le seul à savoir. Alors chut ! Je t’envoie tout plein de bisous.
Ton amie Pradoline. »
 
 

[1] u dintù : le pauvre (en corse)
[2] u dintù, u mo figliolu : le pauvre, mon fils (en corse)
 
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Dimanche 18 novembre 2007
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Dès le lendemain de Noël, Pradoline est allée récupérer avec Maman, sa belle bicyclette mauve, qu’elle a finalement surnommée « Biroulette ». Elle à mis profit les jours derniers pour améliorer sa technique du déplacement sur deux roues. Le cap de l’année 1963 a été franchi sans aucun souci.
 
Lundi 7 janvier 1963.
Très satisfaite de ses vacances, elle démarre avec enthousiasme le deuxième trimestre du cours élémentaire première année. Ce matin, elle rayonne. Ravie de retrouver son environnement, elle a hâte de revoir sa grande amie Martine pour échanger avec leurs impressions de vacances. Mais la fillette déchante rapidement en constatant que l’absence de Martine ce matin. Serait-elle malade ? Pradoline est déçue et un peu inquiète également. Elle ressent subitement un grand vide, une espèce de désarroi, comme si elle avait été abandonnée. Pour compléter sa déconvenue, Madame Léon n’est plus là et … a été remplacée. La « pauvre » institutrice était donc  vraiment bien malade ! Pradoline la regrette car elle l’aimait beaucoup. La nouvelle maîtresse, jeune femme alerte, porte un nom à consonance slave. Quelque chose comme Rikowsky. Les élèves ayant l’habitude d’appeler leur institutrice « Maîtresse » ou « Madame », cela paraît secondaire.
 
Tracassée, Pradoline écoute d’une oreille distraite les péripéties des vacances de ses camarades. Mais quand Magali raconte son repas, le soir de Noël, elle redresse la tête et l’écoute avec intérêt
     Oh lalalala… Si vous saviez comme tout ce que l’on mange le soir de Noël, dans mon village de Provenc13-dessertsbis.jpge ! Quand on revie13-desserts.jpgnt de la messe de minuit, la table est recouverte de corbeilles pleines de desserts. On dit qu’il y en treize, mais moi je pense qu’il y en a beaucoup plus. Il y a la délicieuse pompe à l’huile, que ma grand-mère appelle « poumpo ». Les grands la trempe dans le vin cuit. Mais moi, je préfère les galettes au lait parfumées au fenouil. Il y a aussi des bugnes, des fougasses, du nougat blanc et du noir, de la confiture de coings, des figues, des noisettes, des amandes, des raisins secs, des dates et des pruneaux farcis de pâte d’amande rose et verte, et plein de fruits, des oranges, des mandarines, des pommes, des poires… 
   
Pradoline est impressionnée par cette abondance et cette ribambelle de desserts. Elle n’en a jamais vus autant à la maison. Elle en salive… La maîtresse interroge alors la classe pour demander si quelqu’un sait pourquoi il y en a treize. Si plusieurs doigts se lèvent. Pradoline se fait toute petite car elle l’ignore totalement et se demande effectivement pourquoi treize plutôt que dix ou douze… Martine aurait certainement su répondre, si elle avait été présente. Madame Rikowsky demande à Magali de poursuivre. Elle répond donc à la question en disant :
      Et pardi, on mange treize desserts parce c’était le nombre de personnes autour de la table pour le dernier repas de Jésus Christ.
Pradoline reste bouche bée devant une telle réponse. Tout s’emmêle dans sa tête. Dès lors, elle se demande s’il s’agit bien du même Jésus que celui né le soir de Noël. On ne lui a jamais bien expliqué tout cela. Et qui étaient les douze autres personnes ? Se sentant bête, elle n’ose pas poser de questions, remarquant toutefois que Jésus est bien souvent mêlé à la fête de Noël. Cela la conforte dans l’idée que Jésus est bien le fils du Père Noël. Alors que Pradoline se perd dans les questions, Madame Rikowsky félicite Magali. Elle précise, qu’effectivement l’expression « treize à table » vient de cet évènement et que c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles le nombre « treize » est considéré différemment des autres. Elle rajoute que les gens superstitieux accordent un sens particulier à ce nombre, lui attribuant le pouvoir « magique » de porter bonheur ou malheur, selon les cas… Elle clôt son commentaire en citant très rapidement quelques autres éléments auxquels les superstitieux attachent de l’importemalheur.jpgportance. Elle évoque aloportebonheur.jpgrs à une vitesse vertigineuse les porte-bonheur comme le trèfle à quatre feuilles  ou le fer à cheval, et en contre partie, tout ce qui est sensé porter malheur tels que les miroirs brisés, les chats noirs, le passage sous une échelle… Mais la maîtresse ne s’étend pas plus sur le sujet, passant aux leçons du jour. Pradoline n’a pas tout compris. Par timidité, elle n’ose pas lever le doigt avec cette nouvelle maîtresse. Pourtant, elle aurait bien aimé en savoir davantage sur les étranges habitants du pays de « Super-Stisse ». Il faudra consigner ces nouveautés dans Sésame et Motus. La première journée de reprise continue sur un rythme effréné avec des leçons de calcul, de français… Seules les récréations amènent un peu de calme dans toute cette effervescence. Mais Pradoline n’a pas vraiment le cœur à partager les jeux de ses petites camarades. Elle pense à Martine qui lui manque tant…
 
***
 
En arrivant le soir à la maison, Pradoline a envie d’être rassurée et demande à Maman la permission de téléphoner à son amie. Elle attend avec impatience d’avoir des nouvelles. Malheureusement, personne ne répond. Cela la plonge dans un abîme de pensées et d’interrogations. Elle rappellera plus tard.
 
Autre chose la préoccupe ce soir. Elle voudrait poser des questions à Maman, au sujet du fameux nombre « treize ». Mais sa mère est trop occupée pour l’écouter et lui suggère de faire quelques gammes avant de s’attaquer aux devoirs d’école. Dépitée, Pradoline va voir Pépère qui est trop fatigué pour lui parler. Elle décide alors d’interroger son frère Jacques qui travaille déjà d’arrache pied dans sa chambre. Elle s’adresse à lui sur un ton suppliatrigo.jpgnt :
     Jacky, tu peux me dire pourquoi le « treize » est différent des autres nombres ? Et tu sais, toi, où se trouve « Super-Stisse » ? 
     Non ! Je ne sais pas ! Je n’ai jamais entendu parler de ce patelin. Tu as toujours de ces questions. Va demander à Maman. Et puis laisse-moi tranquille. Il faut que je bûche. J’ai des exos de trigo à faire et je m’emmêle entre les sinus et les cosinus… Je n’ai pas la chance d’avoir la bosse des maths comme André et toi !             
               
« Des exos de tricot » ? Pradoline n’a rien compris sauf qu’il faut qu’elle se débrouille toute seule. Dans sa famille, aujourd’hui tout le monde la délaisse. Comme souvent dans ces cas là, elle se confie à son fidèle Motus. Elle saisit Colorus et écrit une phrase de chaque couleur :
 
« Bonjour mon fidèle ami,
Heureusement tu es là, toi ! Personne ne veut me parler ni répondre à mes questions. Aujourd’hui, Martine était absente. J’attendais avec impatience de la revoir après deux semaines de vacances et elle n’était pas là. Je me sens si seule et perdue sans elle. Je suis inquiète aussi car je n’arrive même pas à lui téléphoner. J’espère qu’il n’y a rien de grave dans sa vie et que demain elle sera de retour à l’école. En plus, malheureusement Madame Léon n’est plus là. Son « aromagie » doit lui faire trop mal à présent. Je souhaite qu’elle guérisse vite pour revenir bientôt. Sa remplaçante est très gentille et porte un nom tellement compliqué que je vais l’appeler « Madame Rikiki », comme dans la chanson que fredonne parfois Maman… « C’est qui ? C’est rikiki dans sa coquille, qui fait du riz pour son mari. »… Madame Rikiki a commencé l’année en nous parlant du nombre « treize ». Elle nous a expliqué que des gens qui habitent en « Super-Stisse » pensent que ce nombre est magique. Elle est peut-être allée un peu trop vite, mais j’ai tout de même bien compris qu’ils ont bizarres les « super-stissieux »… Ils ne mangent jamais à treize autour de la même table et ne cassent jamais de miroirs. Ils se protègent avec des fers à cheval et n’aiment pas les chats noirs, peut-être parce qu’ils mangent des trèfles à quatre feuilles ? Ils ont aussi très peur de passer sous une échelle ou d’ouvrir un parapluie dans leur maison. Enfin ils sont vraiment très étranges et je n’aimerais pas du tout habiter dans ce pays là. Pourtant, cela m’a un peu fait penser à Maman quand elle me dit qu’il ne faut pas étrenner un vêtement le Vendredi ou bien qu’il ne faut jamais revenir sur ses pas un fois qu’on est sortis de la maison…
Cela me tracasse vraiment et je ne suis pas bien sûre d’avoir tout compris. J’ai essayé de demander des explications à Jacky, mais il n’a rien pu me dire. Il m’a seulement répondu, sur un ton énervé, qu’il devait faire du tricot avec des machins en « usse ». Il voulait peut-être parler de tricot russe. Je ne savais pas que les garçons devaient apprendre à tricoter. D’ailleurs, je ne l’ai jamais vu avec de la laine et des aiguilles… Il faudra quand même que je demande à Maman de me montrer à quoi ressemble ce point « russe ». Elle m’a déjà appris les points endroit et envers, mais elle ne m’a pas encore expliqué ce point qui doit être bien compliqué pour tant énerver Jacky.
Et puis, il y a cette dernière chose qui me chiffonne… Jacky a parlé de bosse … qu’André et moi avons, et pas lui ! Je n’ai jamais fait attention. Mais je ne pense pas qu’André ait une bosse comme les dromadaires. Et moi non plus, d’ailleurs. Je suis un peu vexée de la réflexion de Jacky. À l’occasion, quand il sera plus calme et qu’il aura fini son pull russe, je lui demanderai ce qu’il a voulu dire…
 
Voilà, mon cher Motus, je vais te laisser car ma première journée de classe a été très difficile. Je souhaite te retrouver bientôt avec de bonnes nouvelles de Martine. Je t’envoie treize bisous…
Ton amie Pradoline, pas « super-stissieuse » ni bossue (Na !) »
 

 

par Mimi publié dans : Couleur-Pradoline communauté : Au fil des mots
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Samedi 17 novembre 2007
 
 
 
Samedi 22 décembre 1962
Youpi ! Voici les vacances de Noël. Dans trois jours seulement, c’est la grande fête des enfants. À sept ans et demi, Pradoline a du mal à croire à ce vieux bonhomme aux allures de chaperon rouge portant une barbe blanche. Comment arrive t’il à être partout à la fois, faire plaisir à tous les enfants du monde et surtout comment va t'il pouvoir entrer chez elle ? Dans l’appartement du Boulevard Gambetta, il n’y a pas de cheminée. Ce détail ne l’avait pas choquée jusqu’à présent. Mais cette année, c’est différent. Cette interrogation la préoccupe. Autre chose la tracasse également. Depuis le début de ce mois, les rues de Nice ont revêtu des habits de lumière. L’avenue de la Victoire s’est parée de mille feux et depuis le pont de la gare jusqu’à la Place Masséna, des dizaines de vendeurs de sapins bravent le froid ainsi que quelques pères Noël ! La présence de vendeurs d’arbres lui paraît justifiée. En revanche, la fillette a du mal à imaginer pourquoi le Père Noël est déjà sorti, surtout qu’il n’y en a pas un, mais plusieurs ! C’est mystérieux ! En une seule journée, elle en a croisés cinq ou six différents. Mais lequel est le vrai ?
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Dans son imagination, Pradoline a échafaudé une théorie. Le vrai Père Noël, qui vit dans le Ciel, est très occupé à lire toutes les lettres qu’il reçoit. À ce propos, elle lui en a préparé une que Maman n’a toujours pas postée. Il doit fabriquer les joujoux ou aller les chercher aux Galeries Lafayette. Il doit aussi préparer son traîneau et nourrir ses rennes. Il n’a donc pas une minute pour se promener dans les rues. C'est pour cela qu’il envoie des représentants, un peu partout dans Nice et ailleurs. Pradoline en conclut que, de tous les bonshommes rouges croisés dans la rue ou dans les magasins, aucun n'est le « vrai » Père Noël. Ce sont tous ses fils...
 
 
Alors qu’elle tient fermement la main gantée de Maman, elle arrive tout au bout de l’Avenue. Sous les arcades de la place Masséna, les vitrines du plus grand magasin de la ville s’animent des scènes extraordinaires de la vie de Blanche Neige et Cendrillon. Émerveillée, Pradoline n’en perd pas une miette. Il y a un monde fou dans le magasin et particulièrement au rayon jouets, plein à craquer. La fillette virevolte comme une toupie partout avant de se décider. Maman commence à s’impatienter et lui dit :
      Allez, ma puce, ça suffit ! Tu as choisi ? On rentre. Je commence à être fatiguée par tout ce monde et Papa a besoin de nous au magasin.
      Ouuuuuui, Maman. Voilà, j’ai choisi. Tu viens ? On va la montrer à la vendeuse pour qu’elle le sache quoi dire au Père Noël.
      D’accord…
Elles se dirigent alors vers la vendeuse, submergée de demandes. Il faut encore attendre et Maman perd patience.
      Bon, allez ma chérie. Ce n’est pas grave. J’ai retenu la référence qui est très simple puisque c'est P7655, comme Pradoline suivi de ta date de naissance. On la mettra sur la lettre du Père Noël que tu vas reprendre en arrivant à la maison. Ensuite, on ira la poster.
      Tu es sûre, Maman ? Parce que je ne voudrais pas que le Père Noël se trompe. Et puis j’espère qu’il recevra ma lettre à temps. Pourvu que ce ne soit pas trop tard…
      Ne t’inquiète pas, ma chérie. Tout ira bien.
Sur le chemin du retour, Pradoline est à moitié rassurée. Elle aurait préféré que la vendeuse note bien sa commande. Mais elle décide de faire confiance à Maman.
 

Arrivée à la maison, Pradoline demande impatiente, la lettre qu’elle a déjà commencée. Maman lui tend une petite feuille de papier quadrillé. De son écriture fine et régulière, elle a écrit quelques lignes à l’encre violette auxquelles elle tient à ajouter deux petits paragraphes, l’un en vert, l’autre en rouge :

 
« Bonjour Cher Père Noël,
J’espère que vous n’avez pas trop de travail et que vous recevrez ma lettre à temps pour pouvoir m’apporter tout ce que je veux. Je vous préviens, chez moi il n’y a pas de cheminée Alors essayez de rentrer par le balcon qui est assez grand. Voici ma liste :
«      D’abord, s’il vous plaît, apportez-moi un costume d’infirmière avec des piqûres car la poupée Bella que vous m’avez amenée il y a longtemps est très malade.
«      Ensuite je voudrais des habits de soirée pour la poupée Barbie que l’on m’a offerte pour mon anniversaire…
«      Pour mon frère Jacques, apportez moi, s’il vous plaît, un disque de quatre anglais qui chantent. C'est tout nouveau et je ne connais pas bien le nom du groupe.. C’est quelque chose comme Biteulz. Je sais qu’il les aime vraiment beaucoup.
«      Je voudrais que vous aidiez mon frère André à trouver une jolie fiancée.
«      Pour Pépère, il lui faut une nouvelle paire de lunettes car il n’arrive plus très bien à lire avec moi.
«      Je crois que Papa voudrait beaucoup de clients au magasin et que Maman aimerait une nouvelle cuisinière, car la sienne est fatiguée et le four brûle tous les gâteaux…
Voilà, cher Père Noël… Je vous envoie plein de gros bisous.
Pradoline.
 
Je rajoute aujourd’hui ce que je viens de voir avec Maman aux Galeries. C’est la jolie bicyclette mauve (numéro  P7655), qui se trouve au rayon des jouets au fond sur la gauche. Si vous ne la trouvez pas, demandez à la vendeuse. C’est très important… Encore Merci mon cher Père Noël.
 
Avant de vous quitter, je dois vous dire un secret, rien qu’entre nous. Je vous le demande maintenant, comme ça vous pouvez déjà commencer à le préparer. Pour Noël prochain, je voudrais un vrai chien. J’en ai envie mais Maman ne veut pas. Alors s’il vous plaît, ne le dites à personne….
Pradoline.»
 
Quand elle finit, Pradoline rejoint Maman dans la cuisine, lui tend sa liste mise à jour et lui dit :
      Voilà, Maman, maintenant il faut faire vite et aller la poster. Tu veux bien me dire quelle adresse je dois écrire sur l’enveloppe.
      Oui, eh bien, tu écris : Père Noël, Voie Lactée, Le Ciel. 
      C’est tout ? Et tu es certaine que tu ça va arriver ? C’est très grand le Ciel et il y a plein d’étoiles et le Bon Dieu aussi, non ?
      Arrête de t’inquiéter pour un rien, ma puce. Fais-moi confiance, le Père Noël recevra ta lettre à temps.
      D’accord, mais tu veux pas qu’on aille la poster tout de suite ?
      Bon, ça suffit, maintenant. Laisse moi travailler et va voir ailleurs si j’y suis…
Sur ces mots, Pradoline part à grandes enjambées sous le regard étonné de Maman qui se demande si sa fille a bien compris ce qu’elle vient de lui dire. Quelques instants plus tard, elle revient. Elle tient avec beaucoup de précaution le cadre ciselé couleur sépia dans lequel se trouve la photo de mariage de Papa et Maman. En tendant sa trouvaille, elle dit fièrement :
      Voilà, Maman je t’ai trouvée !...
Maman ne résiste pas et éclate de rire…
      C’est bon, tu as gagné. Je vais aller poster ta lettre…
      Super ! Mais surtout tu ne lis pas la fin, d’accord ? Allez on y va !
      D’accord ! Mais j’y vais toute seule. Repose toi un peu et va lire avec Pépère.
      Mais je veux y aller avec toi.
      Non ! Tu restes là avec Pépère et profite pour travailler un peu ton piano. Madame Audier a dit qu’il fallait faire tes exercices pendant les vacances.
Maman a dû user de plus d’un subterfuge pour pouvoir aller poster la lettre toute seule. Pradoline ne comprend pas tout mais n’insiste pas et part faire ses gammes.
 
***
 
Le grand soir de Noël est arrivé. Alors que tout le monde semble manger différemment ce jour là, à la maison, rien ne change vraiment. Il y a bien le grand arbre au milieu du salon, décoré avec soin et patience avec l’aide Maman. Au pied du sapin, elle a mis ses plus belles chaussures, mais il n’y a pas réellement une ambiance de fête. D’ailleurs elle ne comprend pas pourquoi ses camarades lui parlent de messe de minuit. Elle n’y est jamais allée et ne se souvient pas être déjà entrée dans une église. Mais ce soir, cela ne la préoccupe pas beaucoup. Elle attend demain matin avec impatience.
 
***
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Après une nuit agitée, Pradoline se lève de bonne heure. Tout le monde semble encore dormir. Elle se précipite au pied de l’arbre où … miraculeusement, de nombreux cadeaux ont poussé pendant la nuit. Hésitant à les ouvrir, la fillette court vers la chambre de Papa et Maman, qui se réveillent à peine. Toute excitée, elle demande sur un ton extrêmement empressé :
     Papa, Maman, le Père Noël est arrivé à venir jusqu’ici. Il y a plein de paquets au pied de l’arbre. Je peux les ouvrir ?
     Mais oui bien sûr… Allez dépêche-toi, lui répond Papa en adressant un sourire entendu à Maman.
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Pradoline court vers le salon et commence à ouvrir, toujours très délicatement, les paquets qui lui sont destinés. Elle découvre d’abord la panoplie d’infirmière et vérifie qu’il y a bien de quoi faire des piqûres ! Elle est ravie. Il y aussi une superbe tenue de soirée pour sa poupée Barbie. Sur les autres paquets sont indiqués les noms de Pépère, Jacques, André… Elle est déçue, il n’y a pas de bicyclette… Cependant, accrochée à une branche du sapin, elle remarque une petite enveloppe, portant son prénom. Elle l'ouvre et en sort une carte qui semble presque irréelle. Le Père Noël, en personne, lui a écrit ces mots : 
    
     
        
   
« Ma petitp--re-noel-au-ciel.JPGe Pradoline,
J’ai bien reçu ta lettre. Ta bicyclette mauve t’attend au magasin car elle ne rentrait pas dans ma hotte déjà surchargée. La vendeuse est au courant. J’ai bien noté tout ce que tu as demandé pour ta famille. Tu peux être rassurée car Jacques va sans doute être très content du cadeau que je lui ai laissé au pied de l’arbre. En ce qui concerne André, je ne lui ai pas trouvé de fiancée, mais je le crois suffisamment grand et dégourdi pour qu’il rencontre tout seul une belle jeune fille. Pépère aura une nouvelle paire de lunettes dès que ta maman l’aura emmené voir le docteur spécialiste des yeux. Ton Papa et ta Maman auront aussi certainement de bien belles surprises très bientôt… Voilà, ma petite Pradoline, je t’envoie plein de bisous du Ciel où je repars très vite pour commencer à préparer les « joujoux » de l’année prochaine…
Le Père Noël »
 
Pradoline n’en revient pas. Le Père Noël en personne, lui a écrit… Même si elle trouve que son écriture ressemble étrangement à celle de Maman. Mais ce n’est pas grave, elle retient qu’elle va avoir sa bicyclette. Folle de joie, elle babille à tout va, s’empresse d’aller réveiller ses frères et Pépère pour leur faire part de la grande nouvelle. Quand Jacques se lève, il est encore tout ensommeillé. Pradoline le tarabuste :
      Allez Jacky, ouvre vite s’il te plaît. Je veux voir ce que le Père Noël t’a apporté. Tu as vu ? Il m’a donné tout ce que je lui avais demandé. Et toi ? Tu lui avais fait aussi une lettre ?
      Hummmm… Euh oui bien sûr, répond t-il hésitant et rajoute d’un air bougon, allez, laisse-moi un peu tranquille. J’ai encore sommeil.
      Mais, Jacky, s’il te plaît…
Devant l’insistance de Pradoline, et poussé par la curiosité, il consent à ouvrir ses cadeaux. Il reste ébahi devant l’un des premiers 45 tours des Beatles, intitulé « Love me do »… Il se lève d’un bond et spontanément va embrasser et remercier Papa et Maman. Pradoline en reste bouche bée. Elle en est même vexée. Pourquoi son frère remercie t'il ses parents alors qu’ils n’y sont pour rien ? C’est le Père Noël qui lui a apporté ce disque parce qu’elle-même le lui avait demandé… Elle intervient et dit d’un ton surpris :
      Mais, Jacky, tu te trompes. C’est le Père Noël qu’il faut remercier…
      Mais oui bien sûr !… Tu as raison. C’est vrai… Excusez-moi, Monsieur le Père Noël, je vous adresse tous mes remerciements… 
Dit-il en souriant et en levant les yeux au Ciel. Pradoline préfère ça !…. Décidemment, elle ne comprendra jamais les grands. Il faut tout leur dire. Heureusement qu’elle est là.
 
***
 
La journée se déroule tranquillement en famille, sans tralala ni même repas de fêtes. En fin d’après-midi, alors que tout le monde regarde les spectacles de Noël à la télévision, Pradoline va dans la chambre de Pépère et reprend ses fidèles amis Motus et Colorus afin de confier ses impressions sur ce jour différent des autres :
« Bonsoir mon cher Motus,
Je te souhaite un joyeux Noël et pour l’occasion je t’offre les mots que le Père Noël m’a envoyés. Je vais les coller à la dernière page. Je suis à la fois contente et un peu triste. Pourtant, j’ai eu tous les cadeaux que j’avais demandés, même la bicyclette mauve que j’irai chercher demain avec Maman. Je ne sais pas encore comment je vais la surnommer. J’hésite encore entre « Biroulette » et « Biduline ». Mais quelque chose me chiffonne. Je ne comprends pas pourquoi Noël n’est pas vraiment une fête à la maison. On ne va pas à la messe. On ne fait pas de crèche au pied de l’arbre On ne mange pas la dinde et les desserts… Et quand je demande pourquoi, Maman me répond que « chez nous, on ne fête pas Noël ! »… Oui, mais c’est quoi « chez nous » ? Je ne comprends pas. Pourtant le Père Noël a bien réussi à venir. D’ailleurs, j'ai envie de lui écrire une lettre pour le remercier. Qu’en penses-tu mon ami ?
Bon, je me sens un peu fatiguée. Je te laisse. À très bientôt. Plein de bisous de Noël…
Ton amie Pradoline…. »
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Sur ces mots, elle rejoint Maman à la cuisine. En l'aidant à préparer le repas du soir, elle lui fait part de ses interrogations :
      Dis Maman, pourquoi on ne fête pas Noël chez nous ?
      C’est un peu compliqué, chérie. C’est parce que Noël est une fête chrétienne et que nous ne le sommes pas…
      Ah bon ! Nous ne sommes pas quoi ?
      Nous ne sommes pas chrétiens.
      Et c’est grave si on ne l’est pas ?
      Non, chérie. Ça signifie qu’on ne croit pas que Jésus soit le fils de Dieu…
      Ah ! Mais alors, quel rapport avec le Père Noël ? C’est lui le père de Jésus ?
      Non, Pradoline tu mélanges tout… Dans la religion chrétienne, on croit en Jésus qui est né le jour de Noël. C’est pour ça que les deux évènements sont liés. C’est plus clair pour toi ?
      Hem… Oui un peu, mais pas totalement. Je ne comprends toujours pas pourquoi on ne peut pas fêter Noël même si on ne croit pas au petit Jésus… Et nous, alors à quoi est-ce qu’on croit ?
      Eh bien en Dieu…
      Mais les autres, les chrétiens comme tu dis, ils croient aussi en Dieu, non ? Ou alors, c’est pas le même Dieu ?
      Si chérie. Mais dans chaque religion, il y a des façons différentes de croire.
      Oh, ça devient trop compliqué. Je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas une seule façon de croire.
      Oui, tu as raison. Mais les êtres humains compliquent toujours tout et chez nous, les juifs, comme ailleurs c’est compliqué…
      Ah bon, je suis juif alors ?
      Non, tu es juive.
      Oui, c’est bien ce que j’ai dit… De toute façon, je ne sais pas ce que cela veut dire.
      Eh bien, ça signifie que tu dois pratiquer la religion israélite, aller à la synagogue, suivre des règles et surtout être très discrète et ne pas dire que tu es juive…
      Ah bon ? Pourquoi ce n’est pas bien d’être juif ou juive ? Oh lalalala…. Moi ça ne me plaît pas du tout et je préfère ne pratiquer aucune religion. Et je veux croire au Père Noël et en aucun autre Dieu…
      Bon, il me semble que tu es fatiguée. Va te reposer on reparlera de cela un autre jour quand tu seras plus grande et que tu ne croiras peut-être plus au Père Noël.
      Oh ça m’étonnerait qu’un jour je n’y croie plus. D’ailleurs, je vais aller lui écrire pour le remercier d’exister…
 
Avec une moue boudeuse et rebelle, Pradoline repart dans le chambre de Pépère. En attendant le dîner elle prend une feuille de cahier et avec Colorus, écrit un petit mot au Père Noël.
 
« Bonsoir mon gentil Père Noël,
J’espère que vous n’êtes pas trop fatigué d’avoir tant travaillé la nuit dernière. Je veux vous remercier pour tous les beaux cadeaux que vous m’avez donnés et ceux que vous avez apportés à ma famille. Je veux aussi vous dire que je vous aime beaucoup et que je préfère croire en vous plutôt qu’en Dieu, votre voisin de la Voie Lactée et qui est l’autre père de votre fils Jésus….
Je vous embrasse et vous dis à l’année prochaine. N’oubliez pas le chien que je vous ai commandé.
À très bientôt. Pradoline. »
 
Elle met le tout dans une petite enveloppe et écrit l’adresse. Demain, elle demandera à Papa un timbre car elle n’ose pas le faire avec Maman qui va lui poser tout plein de questions. Puis elle enverra cette lettre.
 
***
 
Ce soir, Pradoline est très fatiguée. Elle va se coucher et s’endort avant même que Maman ait pu la border et l’embrasser. Elle rêve de ses futurs Noëls et veut croire que le vieux bonhomme en rouge continuera, toute sa vie durant, à lui apporter de superbes cadeaux…
 

 

par Mimi publié dans : Couleur-Pradoline communauté : Au fil des mots
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Vendredi 16 novembre 2007
 
 
Jeudi 15 novembre 1962.
Depuis qu’elle entend parler de la « semaine des quatre jeudis », Pradoline en rêve. Mais aujourd’hui, son programme est tellement chargé qu’elle doute de pouvoir boucler toutes les activités extrascolaires qui se bousculent au portillon de son jour de liberté…
 
***
 
Ce matin, elle rêvasse encore devant son chocolat, grignotant du bout des lèvres une tartine beurrée quand Maman la rappelle à une certaine réalité :
      Allez, Pradoline ! Arrête de lambiner. Tu sais bien que nous sommes pressées ce matin. Nous avons rendez-vous chez Nicole à 9 heures.