Mardi 27 novembre 2007
Le pick-up traversait lentement le Parc de l’Institut en direction du Campus. Pelotonnée sur le siège du passager, Margaret
semblait dormir. Prévenant et soucieux de respecter son repos, Clark éteignit l’auto radio et continua la route en silence.
En réalité, la jeune femme encore groggy avait seulement fermé les yeux. Son esprit égaré ne parvenait pas à admettre que
l’odyssée des derniers jours n’était pas du vécu. Tout paraissait pourtant si vrai ! Elle songeait également au long week-end de révisions qui l’attendait. Polycopiés à relire, fiches
de synthèse à rédiger, montagne de dates à retenir et d’évènements à analyser, etc. La liste des tâches pouvait être étirée à l’infini. Cela lui parut brutalement insurmontable. La pression de
cette perspective assommante déclencha l’étincelle qui allait changer le cap de son existence…
Un des messages glanés au cours de son voyage dans « l’ailleurs » ressurgit. Devant ses paupières closes, l’écriture
d’Albertle défilait en filigrane. Ses derniers mots :« N’oubliez pas de prendre le temps de vivre
pleinement... »,restaient
incrustés. Dans un sursaut, Margaret baissa la vitre de l’habitacle climatisé. Sous le regard surpris de Clark, elle
sortit sa tête et huma pleinement les senteurs boisées. Pendant toutes ses années d’études, elle avait traversé cette forêt de chênes, érables, ormes, aulnes … dans une indifférence égoïste. Mais
aujourd’hui, pour la première fois, elle la regardait avec admiration et humilité. Pour la première fois, la sève
printanière l’avait investie et se répandait dans ses veines. Pour la première fois, elle communiait avec la Nature. Pour la première fois … enfin, elle ouvrait les yeux !
Sur sa lancée, bannissant la raison qui avait gouvernée toute son éducation, Margaret céda à une pulsion. En proposant à Clark
de venir partager un thé chez elle, elle savait qu’il ne s’agissait pas d’une simple invitation de courtoisie. Elle tenait à faire davantage connaissance avec lui. Un coup de pouce au destin en
somme. Juste pour savoir si… Il accepta spontanément.
Arrivés dans sa chambre, elle mit de l’eau à bouillir et s’assit sur le rocking-chair face à Clark qui avait pris la chaise de
la table d’étude. Propos banals : études, examens, avenir. Lorsqu’ils évoquèrent l’accident survenu l’après-midi, Margaret fut tentée de lui confier l’incroyable épopée qu’elle croyait avoir
vécu pendant sa « déconnexion » de la réalité. Mais elle se ravisa. Plus tard. Peut-être plus tard si…
Lorsque la bouilloire siffla, elle s’extirpa du fauteuil. Ses articulations raidies par la chute étaient un peu douloureuses.
Pressée de stopper le bruit strident, elle courut vers la kitchenette, traversant brusquement l’entrée. Au passage, le sac suspendu à la patère se retourna, déversant – une fois de plus – tout
son contenu sur le carrelage. Dans un grand éclat de rire, elle commença à ramasser le fouillis qui s’entassait pêle-mêle. À l’instant où Clark la rejoignit pour la seconder, elle saisit le
marque-page. Découvrant le dessin d’un lapin blanc muni d’une montre, elle eut un mouvement de recul. Aussitôt, elle retourna le petit bout de carton plastifié.
Un sourire émerveillé au coin des lèvres, ses yeux se troublèrent sur la fine écriture qui avait ciselé ces mots :
« Ravi de vous avoir croisé,
Margaret. À bientôt … dans la quatrième dimension ! Votre dévoué Albertle »…
Clark ne sut jamais pourquoi leur idylle avait commencé à cet instant précis…
par Mimi
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Autant en emporte le temps
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