Inc(l)assables

Dimanche 14 septembre 2008

 

Ce texte a été écrit dans le cadre d’un appel à textes sur le thème : « Relations textuelles » pour le site de Françoise Guérin : « Mot compte double » (http://motcomptedouble.blog.lemonde.fr/2008/08/30/plume-doigt).

 

 

 

Dans la balance des expériences textuelles, le plateau a toujours penché dangereusement du côté : écriture, au détriment de sa fidèle jumelle : lecture. Ne m’en veuillez donc pas de focaliser ici sur l’écrit, occultant sciemment les livres, jalons de mon existence.

 

Dès le plus jeune âge, un affaissement de la voûte plantaire me valut, le ridicule surnom de « pieds palmés ». Vers six ans, lasse de l’appellation peu flatteuse, je fus tentée de détourner l’attention sur les prouesses de ma main droite. Des heures durant, au bout du porte-plume, calé entre pouce, index, majeur, encrés de violet, la « Sergent-Majorette » crissait sur le cahier d’écriture, créant des arabesques pâteuses. À force de volonté, l’abécédaire finit par se dessiner en lettres, minuscules et majuscules, pleines et déliées. L’application à répéter inlassablement l’exercice vit mes efforts récompensés par l’attribution d’un nouveau sobriquet, beaucoup plus élogieux que le précédent. J’étais devenue « doigts plumés ». Hugh !

 

Puis, sur le chemin d’une scolarité, résolument orientée vers la « con-science », les traînées violacées se sont effacées au profit de bavures, noire ou bleue (et parfois rouge), laissées par une multitude de stylos à encre, à bille, rollers… Je me suis épanchée sur tant de dictées, rédactions, dissertations, rapports, mémoires, thèse, articles, spécifications, lettres… que ma mémoire se refuse à ouvrir les tiroirs où croupissent mes « chefs-d’œuvre ». Il me reste cependant un vestige de cette intensive période d’écriture manuscrite : le léger renflement (comparable à un mini « hallux valgus » du gros orteil) sur la phalangette du majeur droit. Probablement, ma coquine et fallacieuse, autant qu’hypothétique, bosse des maths y demeure… prisonnière. Paix à son âme !

 

Vers la quarantaine, j’ai noué un lien thérapeutique avec l’écrit. Sombre période d’une dizaine d’années pendant lesquelles, j’ai noirci plusieurs cahiers à tout petits carreaux, de caractères heurtés. Les numéros se sont succédés au gré d’une existence oscillant sur un grand huit de bonheur(s), peines et frustrations. Mots douloureux, exaltés ou insipides, exceptionnellement, fantaisistes. Je n’avais rien de commun avec Bridget Jones, si ce n’est l’obsession des kilos. D’ailleurs, les diaristes écrivent rarement (évitons le péremptoire « jamais ») pour rire ni pour être lus par d’autres. Mon journal n’était qu’un tremplin à la recherche d’espaces de liberté intérieure. J’ai hurlé des cris muets pour ne pas étouffer. Dialogue ininterrompu entre moi et moi. Juge et partie, duales et indissociables. Parfois, le soulagement se dessinait tel un mirage au bout d’un tunnel de phrases. Le leurre passé, les maux reprenaient alors l’ascendant sur des mots, prompts à s’enfoncer dans la spirale d’un manège désenchanté…

 

La crise de la cinquantaine m’a conduite à prendre de la distance. Fini le nombrilisme. Il était temps de changer de sujet et peut-être de voie. Au hasard d’un « pseudo-cyber-atelier-d’écriture », je fus tentée de laisser parler un imaginaire, fortement lié au vécu, et « d’écrire » (notez les guillemets, tant cet essai tient de l’ébauche) un conte qui, demeure unique à ce jour (vous êtes réellement chanceux !). Kinou, un moineau, doté de la parole, un peu bègue d’ailleurs, vu le nombre de lourdeurs et répétitions à la phrase carrée, en était le principal actant. Mais, pour la toute première fois, j’osais enfin révéler un texte connoté « littéraire » à d’autres iris que les miens. Mes doigts venaient de s’engager dans l’engrenage des mots… Au passage, j’avais cédé aux progrès de la technique, troquant les crayons ancestraux contre un facétieux clavier d’ordinateur qui glissait généreusement, sous mes pulpes novices, des tonnes de « coquilles-peaux-de-bananes ».

 

Dès lors, plusieurs textes sur des sujets aussi saugrenus que l’invisibilité, la personnification d’une chaise de bar, un voyage en transsibérien ou la découverte d’un cahier dans un grenier (sujet éculé, s’il en est) dégrossirent l’apprentie que j’étais. Les appréciations complaisantes de mes proches et surtout d’inconnus, croisés sur le net, me poussèrent à enfiler de plus en plus de mots par le chas des touches du clavier. Sans imaginer les écueils et difficultés d’une carrière « d’écrivante » (néo-substantif qui me sied mieux qu’écrivaine), je m’y lançais, toute plume dehors.

 

Les essais sur des ateliers d’écriture en ligne, plus sérieux que le tout premier, se multiplièrent. Petits textes, courtes nouvelles (la plupart du temps dans un registre résolument optimiste), et même mini-romans se sont enchaînés à une vitesse frisant l’excès. Si l’inspiration débordait, la structure inadaptée et le style balourd également. Il me fallut apprendre à traquer : adjectifs redondants, adverbes inutiles, détails incohérents, clichés, lourdeurs, répétitions, et j’en oublie… Telle Pénélope, je tricotais des mots avant de les démailler pour les teinter de nuances plus appropriés au thème ou les agencer différemment. Toujours insatisfaite, j’écrivais ; ré-écrivais encore, encore, et encore, et… encore, m’efforçant d’élaguer, « karchériser », ciseler, peaufiner… Paradoxalement, plus mes textes fondaient, plus ils gagnaient en force. En cela, l’école « fulgures » (http://www.fulgures.com, où je sévis encore un peu sous le pseudo de « Brin de mot »), m’a considérablement appris. Se cantonner strictement à 1500 caractères est la garantie d’aller à l’essentiel en éliminant les inutiles couches d’un « texte-oignon ».

 

Dans ma frénésie, j’ai écrit plus de cinquante nouvelles (à cinquante près, je ne sais pas très bien car il paraît que lorsque l’on aime…), autant de textes courts (si ce n’est davantage), un roman (sur mon enfance) en l’état futur d’achèvement (le roman, pas l’enfance !), un recueil de fulgures et un de nouvelles (tous deux, en attente d’un éditeur bienveillant). Parenthèse au sujet des concours de nouvelles. Après environ quarante tentatives (eh oui, je suis pugnace !), j’ai fini par jeter l’éponge qui collait à mes « doigts plumés ». 99.9% d’entre eux se sont soldés par la même ritournelle : « Rendez-vous au piquet ! Ne passez pas par la case podium (ni même sélection). Ne touchez pas les 20000 mots ! »… Sans doute, ne suis-je pas dans l’air du temps ou bien démodée, mes textes se parant rarement de noir. Qu’importe ! Exit les concours !

 

Et maintenant, me direz-vous ? Je brode encore et toujours des textes pour le plaisir. Le vôtre, j’espère et soyons honnête, le mien également. Aujourd’hui, les mots se sont modelés avec jubilation, sous mes « doigts plumés ». À présent, je les laisse jouer, enjouer et surtout rejouer (puisque ici, ils comptent double)…

 

Signé : Mimi-Plume-Doigt (jongleuse de mots)

 

Par Mimi
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 22 mars 2008

plume-feuille-copie-1.jpg J’ai découvert ce jeune chanteur, il y a plusieurs semaines déjà. Mais je ne connaissais pas cette chanson qui passe à présent en boucle autour des miennes. L’air lancinant (aux accents de bossa-nova) et la poésie mêlée de tant de tristesse, de pudeur et d’émotions m’ont tout simplement enchantée. Un pur moment de beauté. Bravo à ce jeune talent qui à n’en pas douter fera une immense carrière.  
                                     

  

http://www.youtube.com/watch?v=cfJ3E8dHDhQ&feature=related

 

 

 Aurais-je imaginé que je me trouv'rais là,
 Une mine de stylo plantée sur ma peau ?
 Les yeux de mon bourreau qui ne me quittent pas,

 Ma blancheur lui fait peur, je sais qu'il cherche ses mots.
 Je suis une feuille blanche, je ne demandais rien
 Qu'à rester sur mon arbre et attendre la fin.
 Moi j'aimais le vent, se perdant dans les feuilles,
 Le murmure de la sève qui me donnait la vie.
 Moi j'aimais la hauteur que j'avais sur les choses,
 Je n'ai pas vu venir la lame qui m'a trahie.
 Si au moins je servais de papiers officiels,
 Pour signer des traités et protéger les faibles.
 Ou être dans les mains d'un poète oublié,
 Qui me jett'rait ses vers comme on cherche un ami.

 J'aurais pu être pressée sur le coeur d'une enfant,
 Écoutant dans mes lignes la voix de son amant.
 Ou être le pliage d'un gamin de huit ans,
 Et voler dans les airs sous les rires des enfants.
 Ou être dans les pages d'un livre d'histoire,

 Qui dit que le chemin est encore tellement long.


Mais voila que je sens que la plume me frôle,
Et les lettres se forment comme l'encre tourbillonne.
J'n'ai jamais vu plus lourd que le poids de ces mots,
C'est la misère d'un homme que je sens sur mon dos.
Il dit : "je veux finir d'avec ma vie,
Pardonne-moi mon amour, mais je m'arrête ici.
Ce n'est pas de ta faute si je baisse les bras,
Mais j'ai perdu ma chance de gagner ici bas".
Et moi c'était mon rôle de porter tous ces mots,
Et les larmes d'une femme tomb'ront sur moi bientôt.

J'aurais pu être pressée sur le coeur d'une enfant,
Écoutant dans mes lignes la voix de son amant.
Ou être le pliage d'un gamin de huit ans,
Et voler dans les airs sous les rires des enfants.
Mais je tourne la page d'une triste histoire
Qui dit que le chemin n'était pas tellement long,
Pas tellement long...

 

Par Mimi
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 4 février 2008


Tapis, tapis rouge… Comptine d’un lundi pluvieux. Et si comme le dicton, on pariait sur un lundi heureux ?  Que ne ferait t-on pour museler nos peurs ?
 


L’attente usante me détourne de ma nouvelle en cours d’écriture. Impossible de me concentrer sur cette salle de voyageurs où mon héroïne défile tel un zombie. La chair de l’histoire est light. Voire extra-light. L’inspiration a fui. En même temps que la pluie. En même temps que l’ennui. En même temps que le gris. Gris ? Oui peut-être. Devait être tout gris le plombage qui a sauté hier soir sous la pression d’une amande. Ma molaire toute nue ne supporte plus rien. Sous le froid et le chaud, elle hérisse ses épines douloureuses. Ne t’en fais pas ma belle. Dans moins d’une heure, l’homme de sciences t’aura redonné un habit. Sans doute tout gris. Qu’importe, ainsi protégée, tu me foutras la paix et je pourrai rejoindre ma belle amie Marine dans cet aérogare où plus rien ne se passe.
 


Clou de girafe et pomme d’api, tapis tapis rouge.
Clou de girafe et pomme d’api, tapis tapis gris…

  pomme-reinette.jpg

PS : Me suis trompée... 
La comptine c'est : pomme de reinette et pomme d'api... 
Sans doute, un effet pervers des clous de girofle chers aux dentistes pourvus de cous de girafe... (ouaf, ouaf !)

 


Par Mimi
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Lundi 7 janvier 2008

Coucou ! Me revoilà ! Après une virée de plus de quinze jours au pays des cow-boys et des indiens.

undefined

Retour en douce France et l’impression de ne plus savoir écrire ni parler. Même pas de valises à ranger pour occuper un esprit encore embrumé. « Luggage delayed » ! Tu parles. Perdus entre Miami, New York, Paris et Nice, mes bagages ont continué le périple, bien décidés à rentrer au bercail le plus tard possible. Bouh ! Bon, il faut se faire une raison et s’armer de patience.

 

Ah ! J’allais oublier l’essentiel. Bonne année à toutes et tous. Que 8002 vous soit… Mais qu’est ce que je raconte ? Y’a belle lurette qu’on n’est plus en 8002. Avec le décalage, les synapses se sont inversées. Tout se mélange. Les lettres, les mots, les phrases, le temps, moi…

 

Too bad, comme disent les ricains. Cela dit, quelle que soit le jour ou l’année, que chaque seconde de votre vie vous apporte la sérénité et cela pour des siècles et des siècles…

 

    

imiM…

undefined




Par Mimi
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Jeudi 20 décembre 2007
 
Poème à un objet ? Et en alexandrins !
Gageure que voila, pour Mimi la fourmi.
Jamais elle ne le fit,sauf pour vous aujourd’hui,
Ami(e)s qui saupoudrez le site d’escampette[1],
De vos vers délicieux, même autour d’une fourchette.
 
A compter douze pieds, la fourmi s’est perdue
Au fond d’une consigne vraiment inattendue.
La clé s’est égarée dans un coin de sa tête,
Où enroulé en boule, sommeille l’objet vedette.
 
Parfois il se réveille et emplit toute sa vie.
Il danse en sarabande, joue, enjoue, pleure ou rit,
Entraînant avec lui, le flot des p’tites misères,
D’une Mimi qui déjante hors des zones régulières.
 
La fourmi est prêteuse et même généreuse.
Elle a enrubanné de douze petits nœuds,
Un minuscule présent qui sait ouvrir les âmes,
Juste un petit mot doux… une sorte de Sésame,
Merci… 

undefined

 

[1] Référence au site de l’atelier : « les poudreurs d’escampette » (http://fr.groups.yahoo.com/group/poudreursdescampette) dont la proposition du mois était d’écrire un poème dédié à un objet, obligatoirement en alexandrins.
Par Mimi
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés