Jeux d'écriture

Mardi 13 octobre 2009

 

Jeu d’écriture (numéro 46) sur Maux d’auteur (http://forum.aceboard.net/i-7663.htm) :

 

Ecrire un texte commençant par :
Cinq, quatre, trois, deux, un... ou 5, 4, 3, 2, 1. Au choix

 

 

 

« Cinq, quatre, trois, deux, un... ». La ronde des chiffres s’était égrenée au rythme d’un interminable compte à rebours. Bouillant d’impatience, je gigotais tel un asticot sur la chaise de bois à haut dossier. « Zéro ! » avait fusé dans un cri libérateur. Je pouvais enfin ouvrir les yeux…

 

Cet après-midi-là, ma mère avait décidé de confectionner une toute nouvelle pâtisserie pour le goûter. Comme chaque année, les vacances dans la maison de Cabourg étaient enrobées d’un parfum d’insouciance. Pour le garçonnet que j’étais, la côte normande était une région enchantée où, en marge des pommes, des vaches et du fromage, le sucre candi poussait à profusion. Avide de tout connaître, j’avais tenu à assister à l’élaboration du mystérieux délice. Dans la vaste cuisine carrelée de blanc laiteux, mes yeux avaient suivi religieusement les mains de ma mère, appliquée à casser les œufs sur les minuscules grains de sucre éparpillés au creux d’un profond saladier de grès. À l’aide d’une cuillère en bois, elle avait d’abord fouetté les ingrédients avant de saupoudrer la farine tamisée et la levure qui avaient voleté en pluie d’étoiles au dessus du mélange mousseux. Après le pétrissage, l’incorporation d’un pot de beurre fondu, de zestes de citron et d’une pincée de poudre de vanille avait conclu la préparation. À cet instant, mes iris s’étaient assombris à la vue d’un résultat, a priori décevant. Au fond de la jatte, l’amalgame grumeleux se tordait comme un ruban de guimauve fondue. Sans dévoiler mon désappointement, j’avais adressé un sourire à ma mère, qui, à l’inverse de ma perception, avait paru tout à fait satisfaite. Elle avait ensuite recouvert le récipient d’un torchon à rayures azurées. « Il faut laisser reposer !... », avait-elle expliqué en réponse à la question tacite de mon regard étonné. 

 

Après une sieste forcée, j’avais regagné la cuisine où l’empressement m’avait poussé à soulever le tissu protecteur. En observant la pâte, gonflée telle une montgolfière, une certitude m’avait saisi. La Normandie était vraiment une terre magique. Quelques instants plus tard, ma mère m’avait rejoint. D’un geste sûr, elle avait alors déposé de petites quantités de préparation au fond de moules, en forme de minuscules coquilles Saint-Jacques, alignés sur une plaque. En refermant la porte du four à bois, elle avait murmuré dans un sourire : « Encore un peu de patience, Marcel !… ». Les friandises inédites n’avaient pas encore révélé leur secret.

 

Les dix minutes suivantes furent les plus longues de ma vie. Lasse de me voir tourner telle une toupie dans la pièce envahie d’une enivrante odeur caramélisée, ma mère avait imaginé un jeu. Je devais rester assis et compter de cent à zéro en gardant les yeux fermés. Focaliser mon énergie sur un compte à rebours aurait dû apaiser mon impétuosité. Mais l’effet avait été complètement inverse. Papilles aiguisées à la limite du supplice, je m’étais acquitté du pensum en un temps record.

 

Aussitôt ouverts, mes yeux s’étaient arrimés sur la table de chêne ambré. Ébloui par les cannelures dorées des petits gâteaux au ventre rebondi, je n’avais pu résister davantage. La première bouchée avait fondu sur ma langue avec tant de volupté que, bien des années plus tard, l’exquise madeleine demeure un souvenir magique…

Par Mimi
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Lundi 1 juin 2009

 

Jeu d’écriture (numéro 40) sur Maux d’auteur (http://forum.aceboard.net/i-7663.htm) :

 

Écrire un texte avec les contraintes suivantes :

- Lieu : un wagon d'une rame de métro.

- les mots suivants doivent être intégrés dans le texte : fée - capuche - songe - polymorphe - mésange

 

 

 

Dans la chaleur moite de la foule compacte, je tressautais depuis plus de dix minutes au rythme saccadé et lancinant du métro. Debout, main droite chevillée à la poignée métallique d’un siège, j’étais parvenu à un équilibre résistant à toute secousse aléatoire. J’enrageais d’avoir été retardé par mon patron, vampire perpétuellement insatisfait et assoiffé de rendement. « Vous pouvez bien rester un peu plus, Fausto ? »… Pfff ! Impossible de refuser. Évidemment, dans le sablier d’une vie, une heure ne représente pas grand-chose. Mais ce soir-là, ce fut le grain de sable qui enraya un rituel bien huilé et je l’ignorais encore, toute mon existence…

 

Muré dans un silence boudeur, j’entendais sans l’écouter le babillage des usagers autour de moi et fixais d’un regard absent, le bout de la rame où tanguait une publicité vantant les prestations d’une agence de voyages. Les destinations paradisiaques proposées paraissaient si loin du quai de la station « Bir Hakeim » où la ligne six ouvrait ses portes. À cet instant, d’étonnantes pensées s’alanguirent derrière mes paupières alourdies de fatigue. À des années-lumière du wagon bondé, mon esprit embarqué dans un songe éveillé, me transporta, l’ombre de quelques secondes, vers une contrée enrobée du parfum magique des contes de fées. Mon corps, débarrassé de toute entrave y sautillait tel un merle dans le feuillage d’un cerisier gorgé de fruits. Je baignais dans une douceur sucrée lorsqu’une mésange au plumage irisé d’azur effleura mon cou. Bercé par son chant harmonieux, je me délectais de ses câlineries duveteuses lorsque la caresse se mua en étreinte douloureuse. « Aïe ! », criai-je en rouvrant les yeux. Face à moi, le gamin au look loulou qui venait de m’écraser les orteils, me narguait de son sourire espiègle. Désarçonné, je répondis d’un rictus contrit. Sans un mot d’excuse, le garnement se retourna, remonta la capuche de son sweater noir, barré d’un incandescent « Devil for Ever », avant de disparaître dans la nuée des voyageurs.   

 

Le rêve impromptu interrompu, mes iris encore embrumés se noyèrent dans la marée d’humanité polymorphe qui ondulait dans ce wagon aux allures de Tour de Babel roulante. À cet instant précis, je la remarquai. Silhouette fragile, lovée sur le flanc d’un strapontin, une jeune femme, drapée d’une pèlerine marine auréolée d’un boa de plumes céruléennes, me regardait avec insistance. Cheveux clairs, regard mystérieux, lèvres envoûtantes… elle ressemblait de façon saisissante à un ange bleu. La réalité avait-elle rejoint mon rêve ?

 

Aussitôt, je résolus de l’aborder. Timidité arc-boutée dans un recoin de ma nature réservée, je m’approchai de la sylphide et engageai la conversation sur un ridicule : « On ne s’est pas déjà vus quelque part ? ». En guise de réponse, un éclat de rire cristallin fusa de sa bouche pulpeuse que nul, hormis moi, ne sembla avoir entendu. La cape en guise de paravent, l’ange disparut fugacement pour réapparaître sous les traits du loubard narquois. Puis, à une vitesse vertigineuse, Dracula et Méphisto se succédèrent devant mes yeux ébahis. Fasciné par ce que j’imaginais être un génial transformiste, j’acceptai sans hésitation de descendre avec l’étrange personnage à « Denfert ».  

 

Depuis ce maudit jour, je vis avec… le Diable.

Par Mimi
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Vendredi 1 mai 2009

 

Jeu d’écriture (numéro 39) sur Maux d’auteur (http://forum.aceboard.net/i-7663.htm) :

 

Ecrire un texte de 3000 signes, commençant par la phrase :  

« Je savais que c'était une erreur de passer cet argent à mon frère. Mais est-ce que j'avais le choix ? »
Dans le corps du texte, introduire cette autre phrase :
« J'aurais aimé conduire cette petite jument tout en chantant dans le vent des épithalames triomphants. »
La première phrase est extraite d'une nouvelle de Carver, la seconde d'un roman d'Elizabeth Von Arnim.

 

 

   Je savais que c'était une erreur de passer cet argent à mon frère. Mais est-ce que j'avais le choix ?

Sur son minois de poupée, aucune coulure de maquillage ne trahit le désarroi de Sharon. Pourtant la jeune femme a ponctué son interrogation d’une voix étouffée par l’émotion. En écho, Nick, avachi sur le sofa, marmonne un borborygme incompréhensible, sans désarrimer ses iris azur du magazine de golf qu’il feuillette mollement. Après une période jalonnée de disputes stériles, le couple semble à présent baigner dans une indifférence pesante. Au bord des larmes, Sharon martèle à nouveau sa question en haussant le ton. Cette fois, la réponse du bellâtre fuse. Cinglante :

   Bien sûr, tu avais le choix. On a toujours le choix…

 

Assise sur un des inconfortables fauteuils du salon, Mathilde grimace en déchiffrant le sous-titre. Sous l’œil impassible des pensionnaires de la maison de repos, la vielle dame gesticule de façon désordonnée, invectivant silencieusement le téléviseur sur lequel défile le générique de l’inamovible saga : « Les braises de la passion ». « Tu dis n’importe quoi, Nick ! Goujat ! Mufle ! Tu as bien fait d’aider Billy, ma petite Sharon… », rage t-elle in petto. L’envie d’écrire à la production pour faire part de son indignation traverse fugacement son esprit. Mais c’est impossible. Évidemment. En plus, cela pourrait inciter la chaîne à supprimer ce rendez-vous quotidien qui demeure son seul plaisir. Certes, les histoires à tiroirs y sont surfaites et invraisemblables. Toutefois, cette demi-heure lui permet d’échapper à l’atmosphère poussiéreuse de ce mouroir où s’étiole son existence. D’un mouvement lent, Mathilde s’extirpe avec précaution de son siège et prend appui sur le déambulateur. Sur le canapé voisin, la tête penchée sur le côté, un homme auréolé d’une crinière chenue, dort profondément. Sans lui prêter la moindre attention, elle quitte la pièce commune et s’engage dans la traversée de l’interminable couloir terne menant à sa chambre. Chaque jour, ces cinquante mètres prennent des allures de marathon pour ses jambes fragilisées par l’accident qui a tout chamboulé…

 

Il y a un an, tout était bien différent. Dans son coquet appartement, Mathilde vivait entourée de livres et de son inséparable compagnon : un piano dont elle avait enseigné la pratique de nombreuses années. Un jour d’avril, elle répétait une chanson pour le mariage d’une jeune voisine. Aériens, ses doigts caressaient les touches ivoire et ébène tandis que sa voix de soprano colorature ondulait sur un poème de sa composition :

« J'aurais aimé conduire cette petite jument tout en chantant dans le vent des épithalames triomphants… ».

Sur le dernier mot, une moue d’insatisfaction s’insinua au creux des fines rides ourlant ses lèvres. À l’évidence, ces vers étaient trop bucoliques, trop lyriques, trop… tout. Quant à la jument, l’image risquait de froisser la future mariée, dotée d’une dentition proéminente. Alors qu’elle s’appliquait à gommer cette métaphore, Mathilde s’était brusquement sentie happée dans un trou noir…

 

Depuis ce jour maudit, sa vie ressemble aux fragments d’un puzzle éclaté sur lequel elle erre sans repères. Seul ce soap-opéra sans envergure lui offre une bulle d’oxygène dans un univers rétréci. Murée dans le silence, elle sait que la musique ne la bercera plus jamais. Entre autres séquelles, son accident cérébral a entraîné une profonde surdité incurable…

Par Mimi
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Vendredi 10 avril 2009

 

 

Jeu d’écriture (numéro 38) sur Maux d’auteur (http://forum.aceboard.net/i-7663.htm) :

 

Écrire une histoire à partir de la photo ci-dessous (photo de Doisneau) avec les deux contraintes suivantes :

Le texte doit obligatoirement commencer par : « La mer est sans routes, la mer est sans explications » (citation d'Alessandro Baricco) et finir par la phrase nominale « Intense instant ».

 

 

 

La mer est sans routes, la mer est sans explications. Telle une évidence, la réflexion avait émergé de l’enchevêtrement de pensées ondulant dans la tête de Martine… Il n’y avait rien à comprendre. Seulement à ressentir et se laisser bercer. Ignorant le ballet des estivants qui trituraient le sable blond de la baie, la petite ouvrière à la manufacture de draps d’Elbeuf ancra son regard sur un bateau qui croisait au loin… Là où l’eau et l’horizon fondent et se confondent. Submergée par une bouffée de bien-être parfumé d’effluves iodés, elle effleura son chapeau d’une caresse qui raviva aussitôt une myriade de sensations…

 

Tout avait commencé au printemps dernier quand elle s’était enfin résolue à quitter sa Normandie natale pour s’octroyer de vraies vacances. Les premières en trente-six ans ! Mathilde et Manon, ses co-équipières à l’usine, l’avaient convaincue de partager un séjour aux Sables-d’Olonne pendant la première quinzaine d’août. La préparation du voyage avait pris des allures d’expédition. Dans les valises des « Trois Ma » : « célibataires-vieilles-filles », s’étaient entassés maillots, serviettes de bain, lunettes, mules, robes. Martine avait même acheté un gros sac marin pour assurer le transport des affaires entre le camping et la plage. Tout avait été tout prévu dans les moindres détails. Tout… sauf les chapeaux !

 

Afin de réparer cet oubli, les trois amies s’étaient précipitées vers l’une des boutiques de la « Grande Plage » dès leur arrivée sur la « Côte de Lumière ». À tour de rôle, elles s’étaient relayées devant le miroir pour essayer toute la collection. Bobs, casquettes, canotiers, panamas avaient coiffé leurs mèches bouclées avec force rires et billevesées. Une demi-heure plus tard, les « Trois Ma » étaient ressorties, abritées d’une même capeline, aux allures de nid d’oiseau retourné sur un parasol de paille. Dans un premier temps, leur manège avait agacé le patron. Mais Marcel avait fini par les trouver attendrissantes. Particulièrement Martine…

 

Au fil des jours, la complicité avec ce quatrième « Ma » s’était discrètement tissée. Un sourire, une discussion, une limonade… et une invitation au bal hier. Les yeux dans le vague, Martine revivait les enlacements des paso-dobles, les effleurements langoureux des tangos et les gestes sensuels des javas. Blottie dans les bras de Marcel, elle avait vécu une soirée inoubliable. En se quittant, ils avaient échangé un baiser… Son corps en fourmillait encore de désirs. Sans doute franchiraient-ils d’autres étapes ce soir ? Ce n’était guère raisonnable mais le temps manquait. Le trio reprenait le train demain.

 

Martine avait hâte de voir les rayons du soleil s’assoupir dans l’Atlantique. Paradoxalement, elle aurait aimé que le sable ralentisse sa course émouvante pour s’incruster dans les recoins de cette dernière journée de plage. Elle avait même refusé de se baigner avec ses camarades, prétextant un inconfort lié la chaleur excessive. Surprise par la remarque incongrue, Manon en avait oublié son chapeau. En réalité, la jeune femme avait souhaité rester seule pour mieux s’envelopper du cocon de ses sensations. Envahie par une nouvelle vague de picotements, elle frissonna en imaginant les mains de son amoureux câliner l’intégralité de son corps. Intense instant.

Par Mimi
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Samedi 21 mars 2009

                                                    

 

Jeu d’écriture (numéro 37) sur Maux d’auteur (http://forum.aceboard.net/i-7663.htm) :

 

Thème : Dilemme.
Lieu : une galerie de peinture.
Mots imposés : saoul(e), moule, boule, teurgoule(*).
(*)La teurgoule est un dessert normand à base de riz au lait.

 

 

 

« Mais qu’est-ce que je fais ici ? ». De façon obsédante, l’interrogation revenait au centre des pensées d’Anne qui déambulait sans entrain dans la galerie de peinture. Le vernissage de ce peintre russe, notoirement inconnu, était d’un ennui mortel. Malgré son look bohème : longue jupe de soie, coordonnée à un débardeur aux impressions fleuries, ballerines en daim et chandail de mailles, noué autour de la taille, la jeune femme n’avait aucune affinité avec ce milieu faussement branché. Elle trouvait d’ailleurs d’un ridicule achevé, la façon dont certains invités s’extasiaient sans retenue devant la kyrielle de toiles suspendues aux murs. Saturée par la vision de ces croûtes, dites modernes, représentant de vagues figures géométriques aux allures de moules à Kougloff garnis de clinquantes boules de Noël, elle entreprit de se diriger vers la sortie… avant de brusquement faire demi-tour devant le seuil. Une moue soucieuse s’insinua au coin de ses lèvres pincées. À cet instant, Anne réalisa que sa nature duale venait de la piéger. Une fois de plus…

 

Dès lors emprisonnée dans un donjon de valses hésitations, elle se mit à tournicoter telle une toupie entre l’exposition des toiles sans saveur et le buffet aux singulières propriétés magnétiques. À intervalles réguliers, rivés sur la grande table recouverte d’une nappe blanche, ses yeux dévoraient les monticules de canapés, biscuits et petits fours sans qu’elle n’ose y toucher. À la énième approche, ses doigts ondulèrent en direction d’une myriade de macarons offrant une palette meringuée de couleurs nacrées. Lequel choisir : orange chocolat, marshmallow, thé vert ? Incapable de se décider, elle retira sa main. De toute façon, il valait mieux s’en abstenir car sa ligne risquait d’en souffrir… D’autant qu’à midi, sa nouvelle voisine, une charmante normande, avait insisté pour lui faire goûter sa teurgoule maison. Le moelleux du riz au lait, parfumé à la cannelle, avait d’abord enchanté son palais avant de l’écoeurer à tout jamais de ce plat typique. Anne était ainsi. Excessive à l’excès… oscillant sur une sinusoïde entre tout et son contraire.

 

Sans doute valait-il mieux quitter cet endroit. À l’instant où sa décision semblait irrévocable, un élément la vit vaciller. Son voisin de cocktail lui offrit une coupe de champagne. Comment refuser ? Cet homme était si séduisant… Après quelques instants de flottement, elle lui sourit, saisit le verre empli de bulles pétillantes et y trempa les lèvres. Aussitôt, le doute l’étreignit. Même si elle n’avait jamais été saoule, Anne se savait fragile. Le moindre faux-pas ne risquait-il de l’entraîner sur la pente d’une addiction, trop bien connue ? Pouvait-elle faire une exception ce soir ? Face à ce nouveau dilemme, elle demeura apparemment stoïque tandis qu’en son for intérieur se livrait une lutte sans merci entre des pulsions contradictoires dont les fluctuations anéantissaient toute action. 

 

Au bout de plusieurs secondes, Anne reposa la flûte sur le coin du buffet, sous le regard intrigué de l’homme à ses côtés :

        Vous n’aimez pas le champagne ? Et ma peinture ? Je suis Piotr le peintre de l’expo.

        Euh… non ! enfin oui ! bafouilla t-elle en réprimant un hoquet… Enchantée Piotr… Moi, c’est Anne… Anne de Buridan, conseil en management décisionnel… 

Par Mimi
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