Mercredi 16 juillet 2008

 

 

 

Jeu d’écriture (numéro 29) sur Maux d’auteur (http://forum.aceboard.net/i-7663.htm) :

Vous écrirez un texte autour de ces deux phrases, tirées de l'ouvrage : « Le Banc aux Goélands » de Jean-Paul Lamy. La première de ces phrases devra obligatoirement être la cinquième phrase de votre texte. La seconde devra être insérée dans le corps du récit, où bon vous semble.

1. « On ne passe pas ainsi à quelques centaines de mètres d'un pan de son passé sans s'offrir un détour. »
2. « Elle se sentit cernée par la vie, la vie palpitante et impatiente, la vie éphémère et scintillante. »

 

 

Estelle avait fui la Capitale en 1995, jurant de ne jamais y revenir. C’était sans compter sur l’important rendez-vous qui la ramenait exactement au même endroit, treize ans plus tard, presque jour pour jour. Le taxi venait de la déposer devant l’immeuble cossu, avec une heure d’avance sur l’horaire. Subitement, une idée insensée traversa son esprit. « On ne passe pas ainsi à quelques centaines de mètres d'un pan de son passé sans s'offrir un détour », songea t-elle. Soutenue par une canne, sa démarche peu assurée, la mena jusqu’à la fontaine Saint-Michel, autour de laquelle crépitaient les appareils photo d’une kyrielle de touristes. Après une brève hésitation, elle s’engouffra dans la bouche de métro où la chaleur moite fit instantanément ressurgir un flot d’images…

 

À l’époque, la brillante étudiante en sciences économiques d’Aix-en-Provence avait décroché un stage d’été dans une agence parisienne d’un grand groupe bancaire. Ce mardi-là, son manager lui avait accordé une après-midi de liberté. Ravie de l’opportunité, Estelle avait flâné au Luxembourg où « Vingt-quatre heures de la vie d’une femme » avaient été dévorées, à l’ombre des marronniers. Elle avait ensuite écumé les bouquinistes à la recherche d’ouvrages anciens et rejoint le métro à travers les venelles du quartier latin, embaumées d’appétissants fumets de cuisine cosmopolite. À dix-sept heures quinze, tandis que le cœur de pâte d’amande à la fleur d’oranger d’une corne de gazelle fondait délicieusement dans son palais, la rame du R.E.R. avait fait son apparition… dernière vision d’une existence insouciante.

 

Treize ans plus tard, ses pas lourds et saccadés arpentaient ce même quai. Le souvenir sucré, jusqu’à ce jour occulté, avait jailli tel un diablotin hors de la boîte noire de son inconscient. Le retour sur ces lieux générerait-il d’autres flashs ? Cela l’aiderait-il à mieux accepter sa vie ? Une vie qui avait basculé sur un strapontin de métro… Une fraction de seconde avait suffi. La déflagration assourdissante, immédiatement suivie de hurlements de douleur, pleurs insupportables, atroces odeurs de chair brûlée et l’interminable attente des secours. Dans la fumée âcre de la rame éventrée du R.E.R., Estelle avait été catapultée en Enfer, le 25 juillet 1995.

 

Aujourd’hui, la douleur viscérale d’un malaise vertigineux, la faisait suffoquer. L’émotion était trop intense. Dans ses yeux éteints, masqués par d’épaisses lunettes de soleil à monture d’écaille, les larmes roulaient de façon incontrôlable. L’atmosphère confinée était si oppressante. Cette échappée vers le passé était réellement trop éprouvante. À l’évidence, elle n’était pas encore prête. Dans l’indifférence des badauds, elle fit demi-tour et gravit à tâtons, aussi vite que possible, les marches menant vers la sortie de la station.

 

À l’extérieur, Estelle éprouva une furtive sensation de soulagement car un autre stress se profilait à l’horizon. Guidée par les bruits de la rue, ainsi que par son intuition, elle rejoignit en quelques minutes, l’hôtel particulier où l’avenir allait se sceller. Allait-elle enfin pouvoir émerger des ténèbres qui l’asphyxiaient depuis plus d’une décennie ?

 

Lorsque le diagnostic tomba, une incroyable sensation l’envahit. Elle se sentit cernée par la vie, la vie palpitante et impatiente, la vie éphémère et scintillante. Le chirurgien était formel : la nouvelle technique était parfaitement adaptée à son cas. Dans moins d’un mois, elle aurait recouvré… la vue.

par Mimi publié dans : Jeux d'écriture communauté : Au fil des mots
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Lundi 7 juillet 2008

 

Jeu d’écriture (numéro 42) sur À Vos Plumes (http://avosplumes.xooit.com/index.php) :


La pataphysique est la science des solutions imaginaires. En imitant le style d'un compte-rendu de recherche, on décrira une découverte imaginaire ou un protocole d'allure scientifique chargé de vérifier un théorème inventé.


A titre d'exemple : extrait de « Nouveaux exercices de style » de Pascal Kaeser

« Corollaire d'un théorème d'Arthur Rimbaud »

« En exploitant les travaux de Monsieur Rimbaud, esprit éminent qui a établi que A est NOIR, E BLANC, I ROUGE, U VERT et O BLEU, j'ai pu obtenir de nouveaux résultats dont la portée considérable sur le plan de l'épistémologie pataphysique n'échappera à personne. Ainsi, considérant que l'OIE se compose des voyelles O, I et E, soit des couleurs BLEU, ROUGE et BLANC, j'en ai déduit que la couleur de l'OIE est VIOLET CLAIR. La même méthode m'a permis de prouver indiscutablement que la couleur de l'EAU est le GRIS-VERT. »


 

 

Basé sur les propriétés chromatiques et biréfringentes de certains polymères naturels, un type d’appât inédit est actuellement en phase de recherche. Pour des raisons de confidentialité, seul le nom de code : « tas schtroumpf », peut être dévoilé, sa commercialisation étant mise en œuvre dans les semaines à venir.

 

Depuis plusieurs mois, les chimistes du laboratoire « Bio-léthalon » œuvrent d’arrache-pied à la création d’un tel leurre. À partir du modèle « mathémaltique » MacIntosh, lui-même issu de celui des poudres d’Escampette, la structure moléculaire du méthyl-cellulose a été modifiée par une adjonction infinitésimale de cobalt ionisé. Ils sont ainsi parvenus à élaborer un composé caoutchouteux, doté d’un coefficient d’élasticité, une constante diélectrique et un indice de réfraction, exceptionnels ainsi qu’une teinte bleu-argent éblouissante.

 

Coupés en fins bâtonnets, les appâts de synthèse ressemblent à s’y méprendre à de « vrais » vers de terre (en voie de disparition). Parfaitement adaptés à n’importe quel hameçon, ils se révèlent, selon les tests en cours, d’une redoutable efficacité pour tous types de pêche à la ligne : palangrotte, lamparo, anglaise, gros… tout en préservant la faune et la flore des milieux marins.

 

Soucieux du bien-être de la planète, « Bio-léthalon » a également imaginé une autre utilisation (pour les « non-pêcheurs ») de cette innovation sans précédent. L’équivalent de trente appâts peut être dissout en une picoseconde, juste par trempage dans une solution composée d’eau oxygénée, acide salicylique (aspirine), hypochlorite de sodium (javel), et poudre d’halogénure lamellaire (exemple : Iodure de cadmium). Il convient ensuite de chauffer le mélange au point eutectique (355 degrés Kelvin (soit 82 degrés Celsius) sous une pression de 1025 millibars) pour que se produise la transition de phase. Après évaporation, telle une encre sympathique révélée, apparaît un résidu, sous la forme d’une sphère beige rosé (grosse comme une boule de levain). Grâce à une parfaite polymorphie, la texture de l’appât, recyclé en « pâte à tout », permet alors un pétrissage incroyablement aisé. Laminée aussi finement qu’une lasagne, cette pâte-là présente la résistance d’une tôle d’aluminium et peut être utilisée comme fond de tarte pour quiche, pizza, etc. Parfaitement inoffensive pour les tout-petits, la « pâte à tout » se modèle facilement en cookies, qui se révéleront croquants, goûteux (additifs intégrés au choix : chocolat, coco, noix) et surtout diététiques après un passage de douze secondes au micro-ondes (puissance 900Watts)…

 

Dernière minute. À l’heure où nous nous apprêtions à publier cet article dans la revue pluridisciplinaire : « Con-sciences », un courriel nous informe que les rares poissons ayant survécu aux récentes expériences de la firme « Bio-léthalon », viennent de succomber à une épidémie de « vagues folles »…

 

 

par Mimi publié dans : Jeux d'écriture communauté : La gazette des blogs
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Dimanche 29 juin 2008

 

Jeu d’écriture (numéro 41) sur À Vos Plumes (http://avosplumes.xooit.com/index.php) :

Les textes devront avoir pour point central un sentiment : l'humiliation. Ils ne doivent pas simplement la citer. Par exemple, si le personnage se sent humilié tout le long du texte, OK. Si le point culminant du texte est une humiliation, OK. Si le personnage évoque vaguement un souvenir d'enfance qui a été une humiliation, avant de passer à autre chose, PAS OK.
L'image, en revanche (ci-dessous), est totalement libre d'interprétation. Vous pouvez y voir une chute d'eau, un monde futuriste, un corps bio-méchanique, à votre guise.

 

 


 

Assise sur le rocking-chair, face à la fenêtre, Pauline s’obstinait à tricoter dans la pénombre. Dans le silence de la chambre exiguë, le cliquetis des aiguilles semblait faire la course avec le tic-tac du vieux réveil posé sur la table de chevet. Les chaussons de Julienne, son arrière petite nièce, étaient presque finis. La laine rose pâle glissait entre ses doigts experts pour se serrer en boucles parfaitement alignées. Une maille à l’endroit, une maille à l’envers… En alternance d’un rang sur l’autre, un point de riz se dessinait, craquant à souhait. Dans ces instants-là, Pauline avait le sentiment de « servir à quelque chose », même si à l’heure du « made in china », nul ne se souciait plus du « fait main ».   

 

À quatre-vingts ans passés, la vieille dame s’étiolait dans le mouroir où son neveu l’avait placée, une semaine auparavant. « Tu ne peux plus vivre seule. C’est trop dangereux, Tatie », avait-il répliqué lorsqu’elle avait protesté. Sans doute, faisait-il allusion aux inondations à répétition dont ses voisins la tenaient responsable. L’un d’eux avait même prétendu l’avoir retrouvée hébétée, les pieds dans l’eau, devant l’évier qui débordait. Mais était-ce sa faute si les robinets fuyaient ? Elle n’était pas folle tout de même ! Non. Simplement étourdie. Et puis, il y avait eu les rougets en papillote. Pour une banale confusion de papier, alu au lieu sulfurisé, le micro-onde s’était mis à crépiter. Les flammes avaient léché les murs de la cuisine et la moitié de son appartement. Sans l’intervention des pompiers, tout l’immeuble aurait cramé. Ce dernier incident avait mis le feu aux poudres et précipité son « enfermation », ainsi qu’elle considérait sa nouvelle situation.

 

Ce soir, Pauline éprouvait une indicible sensation. Quelque chose comme de « l’aveillissement ». Mais ce n’était pas le terme exact. D’ailleurs, dans sa bouche, les mots s’enlisaient souvent sur le bout de la langue ou bien sonnaient faux. Aussi loin que sa mémoire puisse remonter, elle avait toujours connu ce genre de tracas. Une tendance à la dyslexie que nul à l’époque de sa jeunesse n’avait considérée sérieusement. Elle se souvenait encore de la honte qui l’avait fait saisie lorsqu’à onze ans, son institutrice s’était moquée de sa « pieuvre par neuf »… Toute la classe avait suivi. Les quolibets avaient fusé. Le ridicule surnom de « Poulpine » lui avait collé à la peau le reste de l’année.

 

Plongée dans ses pensées et son ouvrage, Pauline n’entendit pas toquer à la porte. Son neveu s’approcha sans bruit et posa une main affectueuse sur l’épaule voûtée de la vieille dame. Aussitôt, elle se redressa et sourit :

        Oh, Fred ?! Comme c’est gentil de passer me voir. Où est la p’tiote ?

        À la maison. Elle est en pleine révision du bac. T’as pas oublié ?

En guise de réponse, une moue étonnée s’esquissa sur son visage parcheminé. Julienne n’était plus un bébé ! Son esprit s’était égaré dans la confusion. À nouveau, elle éprouva cette détestable impression qui l’avait si souvent tenaillée. Mais pour la première fois, le terme exact lui apparut telle une évidence. Elle ressentait de « l’humouillation »…

par Mimi publié dans : Jeux d'écriture communauté : La gazette des blogs
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Dimanche 29 juin 2008

Jeu d’écriture (numéro 40) sur À Vos Plumes (http://avosplumes.xooit.com/index.php) :

Le thème du jeu est : « La quarantaine »
Le texte devra se terminer par : « Je n'avais pas prévu ça » ou « Il (ou elle) n'avait pas prévu ça ».


 

 

Oh la, la ! Qu’est-ce qu’il fait chaud ! Si ça continue, tous les joueurs (cartes et pétanque confondus) vont se liquéfier à la buvette du clos. Comme d’habitude, aucun d’eux ne se préoccupe de moi. Pourtant, j’étouffe ici. Tanquée comme une vieille crêpe rassise, j’ai le vague... en pensant à Célestine.

 

Pendant des années, nous avons été les piliers du « Marius », le troquet sur le vieux port de Marseille. Qu’est ce qu’on a pu s’amuser ! Surtout les jours de tournois de belote. Nous étions inséparables. Puis, le jour de la fête de la musique, Célestine s’en est allée avec Léo, le vieux poète. Elle semblait si heureuse et moi si triste. Dès cet instant, ma vie a commencé à se déglinguer. Une véritable descente aux enfers. Je me demande encore pourquoi Jeannot, le patron du bar m’a prise en grippe. Il m’a d’abord surnommée « la fadade » avant de me reléguer dans la salle du fond, près des toilettes. Puis, le 14 juillet, ça a été le pompon ! Grisée par l’ambiance de fête, j’ai perdu l’équilibre. Résultat, mon pied s’est totalement déboîté. Là, le Jeannot a vraiment explosé. Sans crier gare, il m’a jetée sur le quai. Le lendemain, Nénesse, le patron de la buvette m’a récupérée.

 

Ça fait bien deux semaines et je ne m’y fais toujours pas. Sous le regard indifférent des habitués du clos, je me dessèche. Parfois, l’un d’eux me reluque comme une pestiférée. Mais, le plus souvent, on m’ignore totalement. J’ai l’impression d’être en quarantaine. À l’image des gamins qui rejettent le nouveau au « drôle d’accent pointu », je me sens de trop dans cet endroit maudit.

 

Combien de temps encore à endurer cela ? Sans doute des mois car les joueurs de cartes ont leurs marottes. J’ai remarqué que Raymond s’assoit toujours près du radiateur. Il prétend que c’est grâce à l’affreuse chaise verte s’il gagne… que c’est son porte-bonheur. Tu parles ! Des fadaises ! En attendant, s’ils continuent à me dédaigner de la sorte, je vais attraper la maladie : « Alz…machin-chose », c’est sûr. Je broie tant de noir que j’imagine déjà l’oraison funèbre : « Jeune et robuste sous le soleil de Marseille, elle a fini son existence en miettes… ».

 

Tiens ! Voilà « le fada » ! En fait, son nom c’est Paulo mais les autres l’ont rebaptisé dans son dos. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce qu’il « cause l’étranger ». Pauvre Diable ! Personne ne répond à ses questions. Si seulement je pouvais, je le ferais… Il a dû le sentir car hier, il m’a emmenée avec lui dehors. Nous nous sommes installés, face au terrain de boules et avons observé les joueurs. Un après-midi entier à se régaler de leur bonne humeur et surtout leur mauvaise foi : « Carreau ! Oh misère, couillon, t’as fait avec la mienne ! Bonne mère, c’est le soleil qui me mélange les orbites ! »

 

Par toute la sève qui m’anime, j’espère qu’on va recommencer aujourd’hui. Ce fada-là n’a peut-être pas toute sa tête, mais il a un cœur gros comme ça, je le sens ! Ça y est. Il approche et pose ses doigts rugueux sur mon dos. Dans un souffle, je l’entends prononcer ces paroles incroyables : « Ciao bella ! Nénesse è d’accordo. Vieni a casa ! (*)». Foi de vieille chaise de bar, je n’avais pas prévu ça…

 

(*) « Bonjour ma belle ! Nénesse est d’accord. Tu viens vivre chez moi ! » 

par Mimi publié dans : Jeux d'écriture communauté : La gazette des blogs
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Dimanche 29 juin 2008

Jeu d’écriture (numéro 28) sur Maux d’auteur (http://forum.aceboard.net/i-7663.htm) :

 

Le texte devra respecter les trois consignes suivantes :
Un lieu : La place d'un village
Un prénom : Violette
Trois mots à placer dans le texte : anecdote, bricoler, téméraire


 

 

Depuis des heures, la voiture avalait les kilomètres ; les paysages s’étaient succédés sans éveiller le moindre intérêt aux yeux de Violette. L’autoroute avait défilé, monotone. Elle avait quitté la grisaille parisienne en fin de matinée. Seule. Sur un coup de tête. La décision s’était imposée. Impérieuse. Tel un automate, elle avait plié quelques tee-shirts, deux bermudas, un jean et plusieurs bandanas dans le vieux sac de cuir, trop longtemps au rebut. Aussitôt, elle avait pris le volant. Direction inconnue. Étonnement, pour la première fois en trente-cinq ans, sa nature timorée se révélait téméraire.     

 

Dans le courant de l’après-midi, l’accumulation de fatigue et de chaleur commençait à peser sur sa vigilance. Un stop s’avérait indispensable. À hauteur d’Orange, elle abandonna la grand-route pour s’engager sur la première départementale venue. À cet instant, une étrange sensation de bien-être la saisit. Les œillères qui comprimaient ses tempes semblaient s’être volatilisées. Était-ce l’effet des senteurs sauvages de lavande, thym, romarin, sauge, menthe ? La garrigue et son cortège de stridulations dégageaient tant de sérénité ! Pour s’en imprégner davantage, Violette éteignit la radio, coupant court à des « grosses têtes » qui égrenaient un florilège d’anecdotes croustillantes.

 

Au rythme du chant des cigales, défila une kyrielle de villages ensoleillés. Sérignan-du-Comtat, Lagarde-Paréol, Tulette, La Gariguette… se succédèrent avant Villedieu. Ce dernier, dont le nom résonnait à la manière d’un diapason, éclaira son visage d’un véritable sourire. Elle s’arrêterait là.

 

Après avoir garé son véhicule à l’entrée de la bourgade médiévale, Violette traversa un enchevêtrement de ruelles pittoresques où se serraient de vieilles maisons de pierre. Puis, elle gagna le cœur de la petite localité. Sur la place de la Libération, touristes et habitués s’étaient donnés rendez-vous à la terrasse du « Café du Centre ». À l’ombre des platanes, l’enseigne de l’unique bistrot se détachait nettement sur la façade d’une bâtisse de brique cerise. Sans prêter attention à l’agitation ambiante, elle contourna un labrador endormi au pied de la fontaine envahie de mousses et s’approcha d’une table où un fauteuil de plastique vert lui tendait les bras.

 

La fraîcheur du « Vichy-fraise » lui fit un bien fou. Les douleurs qui l’avaient torturée durant des mois, s’étant atténuées, il lui fallait à présent se concentrer sur la création d’un futur plus paisible. Peut-être, cette escapade l’y aiderait-elle. Plongée dans ses pensées, Violette fixait sans les voir réellement des ouvriers qui bricolaient sur l’estrade du kiosque central. À cet instant, elle se souvint qu’ici, comme partout en France, on préparait les festivités du lendemain, 14 juillet.

 

De façon inattendue, la perspective de participer à un bal dans ce coin inconnu, lui parut séduisante. Elle n’avait plus dansé depuis tant de temps. Avec un peu de chance, il resterait une chambre dans un gîte à proximité. D’un pas ragaillardi, Violette traversa la place où l’animation s’était intensifiée. Puis, d’un geste précis, elle porta ses mains vers la nuque et dénoua le foulard de coton qui ceignait son visage, découvrant sur son crâne presque nu, la repousse d’un fin duvet… symbole de sa renaissance.


par Mimi publié dans : Jeux d'écriture communauté : La gazette des blogs
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