Dimanche 2 mars 2008

 

 

Extrait du journal polisson de Prosine, une nouvelle connaissance de plume.  

 

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Concevez un escalier aux courbes harmonieuses. Pas une échelle pour gravir quatre à quatre les marches qui vous mènent à l'étage, n'ouvrez pas la porte d'une chambre sombre dans laquelle se niche le secret d'une jouissance maladroite, trop rapide, n'ouvrez pas, ne grimpez pas comme ça.

 

Non, lui, c'est un escalier qui tourne et vous fait tourner la tête, il fleure bon un mélange d'encaustique et de poussière. Il retient à chaque palier les parfums de Prosine et Verlaine. Une odeur d'encaustique, de poussière et de parfums mêlés.

 

En bas, d'anciennes fenêtres à l'isolation incertaine laissent s'immiscer des filets d'air frais. En haut, on ne sait pas. Pas encore. L'ascension autorise une lente construction. Autour du colimaçon, pour abriter Verlaine, Prosine pose les façades ouvertes sur le monde d'une belle maison. Pour abriter Verlaine. Avec des baies vitrées que le soleil chauffe.

 

Chaque seuil est un épisode, un volet, un sourire. Un livre...

 

... Nous avions interrompu notre lecture à la page cent quatre du second volume.

 

Rappelez-vous...

 

Pages cent quatre, cent cinq et cent six, Prosine appuie son visage contre l'épaule de Verlaine. Elle s'enivre du musc d'une essence composée, puissante, excessive, mais elle s'en fiche, elle désire suspendre ce moment, le vivre en continu, surtout ne pas bouger, elle risquerait de l'effrayer.

 

Page cent quatre, cent cinq et cent six, Verlaine embrasse et caresse cette jolie folle qui l'assomme de mots, de bavardages écrits. Il glisse sa main dans l'intime du bustier noir, fait sauter les laçages sans plus de façons, aspire et suce la peau de ce cou qui a su garder sa jeunesse. Il se souviendra de la saveur sucrée.

 

Elle l'avait prévenu dans le volume précédent : si nous nous rencontrons, je ne promets pas de rester sage comme dans certains rêves éthérés de jeune fille, oh non, je ne promets pas...

 

Page cent sept, parce qu'il ne saurait être question d'une histoire d'attirance physique sans tendresse ni reconnaissance d'âme, leurs mains l'une dans l'autre, doigts croisés, leurs mains se tiennent fort...

 

 

Pour en savoir davantage, aller déguster les mots de Prosine  sur « le petit parchemin »  : http://blogsperso.orange.fr/web/jsp/blog.jsp?blogID=483069

 

 

par Mimi publié dans : Invité(e)s communauté : La gazette des blogs
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Vendredi 29 février 2008

Dans le cadre de l'atelier des poudreurs d'escampette, mon amie Aviva a écrit ce texte.
 J'en ai été tellement émue que je lui ai demandé l'autorisation de la publier sur mon blog.
Bonne lecture et bonne(s) réflexion(s)...

 

Bien qu’ils soient en vacances, les quatre enfants de la ferme du Lac n’étaient pas partis au ski. Ils ne partaient jamais au ski. Mais à quoi bon faire la queue aux remonte-pentes quand on avait la chance d’avoir l’immensité de la campagne pour soi ? Exceptionnellement, parce que c’étaient les vacances, leur maman ne les réveillait qu’un peu avant 8 heures.  A la campagne, on ne traîne pas au lit. En pyjama, Marie, Pierre, Jean-Pascal et Grégoire descendaient dans la cuisine qui fleurait bon le café chaud et les tartines grillées.

Leur père s’était levé bien avant le jour, il avait toujours de l’ouvrage. Même en hiver, les bêtes n’attendaient pas. Et des bêtes, il y en avait à la ferme ! Une véritable arche de Noé ! Douze vaches, un cheval, une quinzaine de poules avec leur coq, quatre canards, deux oies, quatre pintades, deux chiens, trois chats, un hérisson qui venait, en cachette, la nuit, boire le lait des chats et manger dans leur gamelle, six chèvres et des lapins.

Quand le père entra dans la cuisine, ce jour-là, ses bottes étaient toutes crottées. Au regard que lui jeta sa femme, il réalisa la bêtise qu’il venait de commettre, ressortit aussitôt les ôter devant la porte et enfiler ses pieds en chaussettes dans cette nouvelle sorte de sabots modernes, tout en plastique, de couleur pétante. 

Il se lava les mains à l’eau froide de l’évier, et tourna le bouton du transistor posé sur l’étagère du vieux deux corps en chêne.

-  Voyons voir les nouvelles du monde, dit-il en s’asseyant à sa place, au bout de la table.

Tous les matins, le père écoutait les informations à l’heure du petit-déjeuner. Elles se propageaient jusqu’aux oreilles des quatre enfants mal réveillés et pas du tout intéressés.

Le père se coupa une épaisse tranche de pain à la miche – il ne mangeait pas le pain grillé comme sa femme et ses enfants – la tartina de bon beurre salé et la trempa dans son bol de café au lait. Tout le monde mastiquait en silence. A la radio, le jingle habituel annonça les informations de 8 heures.

-         « Hier, le Président de la République, en personne,  a assisté au grand  dîner du crif,  une première dans la 5e république. Les années passées, seul le premier ministre représentait le gouvernement à ce grand dîner qui rassemble les différents courants de la communauté juive de France. A cette occasion, le Président a pris la parole et fait une annonce qui ne manquera pas d’agiter les consciences : à partir de la rentrée prochaine, chaque petit Français en CM2 devra parrainer la mémoire d’un petit enfant juif déporté de France et disparu durant la Shoa… »

-         C’est quoi « juif », demanda Marie qui n’avait que 5 ans.

-         C’est des gens, grommela le père visiblement contrarié.

-         C’est quoi Shoa, insista Marie qui aimait bien prendre la parole et la conserver au nez et à la barbe de ses trois nigauds de grands frères.

-         Moi je sais, dit  Pierre, l’aîné, qui était déjà au collège… on en a parlé en histoire… les juifs ont été pourchassés et tués pendant la guerre, pour rien…

-         Pour rien… Pour rien… C’était la guerre !… Il est grand temps d’arrêter de parler de tout ça, dit le père en se levant de table, c’est de l’histoire ancienne et tout le monde ferait bien d’oublier… on dirait que ça les amuse, les Juifs, de rabâcher sans arrêt des histoires vieilles de plus de soixante ans… nous, on y est pour rien… le président a pas raison de ramener tout ça à la surface avec sa nouvelle loi… ça va faire que des mécontents, c’est moi qui vous le dis… »

Après quoi il avala son café débout et en silence. Ensuite, comme toujours, Pierre se proposa pour donner un coup de main au père. Il rêvait déjà de reprendre la ferme ; plus tard. Le lycée agricole était la voie royale qui l’attendait l’année prochaine si ses notes se maintenaient.

Marie voulait aider maman au ménage. C'est-à-dire qu’elle voulait rester accrochée au tablier de sa mère en jacassant sans arrêt comme une pie.

Jean-Pascal, l’intellectuel de la famille, voulait terminer la lecture de son livre.

Quant à Grégoire, il envisageait d’aller faire un tour dans le petit bois, près du lac, pour, prétendit-il, vérifier si sa cabane n’avait pas souffert du vent de la nuit.

Le programme de la matinée étant réglé, tous les quatre remontèrent à l’étage faire leur toilette, tirer draps et couvertures et s’habiller chaudement.

Le petit Grégoire venait d’avoir 7 ans et on ne pouvait pas dire qu’il brillait au CP. Au contraire. Il peinait tellement à apprendre à lire et à écrire que, sans nul doute, une carrière de cancre international s’ouvrait à lui.  Les propos de son père sur les Juifs le troublaient. Juif, il n’avait jamais entendu prononcer ce mot-là jusqu’à l’automne dernier.

Le lac, enfin l’étendue d’eau nommée pompeusement « Le Lac », était dans la réalité une vaste mare envasée, un étang peuplé de grenouilles, de poissons argentés qui zigzaguaient entre les herbes hautes et les roseaux parmi lesquels voletaient des libellules aux ailes irisées et grouillait une multitude d’insectes. 


Les abords duundefined lac et le petit bois étaient le terrain de jeu favori de Grégoire. Selon les saisons, il ramassait des champignons, des glands, des marrons, cueillait des fleurs, tentait d’attraper des grenouilles avec un fil de laine rouge, de pêcher des poissons avec une canne à pêche de sa fabrication et des vers de terre encore vivants, construisait une cabane ou un radeau.

Durant les grandes vacances, il avait fait une rencontre dont il n’avait jamais parlé à quiconque. D’abord parce qu’il avait désobéi, ensuite parce qu’il avait peur de n’être pas cru.

Il faisait très chaud et l’eau l’attirait comme un aimant. Non, elle n’était pas dégoûtante comme le prétendait sa mère, juste un peu marron à cause des herbes qui pourrissaient sur le bord. Il avait ôté son short, son slip et son t-shirt et avait sauté dans la mare, levant un arc en ciel de gouttelettes étincelantes. D’étonnement, les grenouilles s’étaient tues. La crainte d’être surpris l’avait empêché de rester dans l’eau aussi longtemps qu’il en avait envie. Vite, il avait couru dans la clairière ensoleillée pour se sécher en se roulant dans l’herbe. Une sale minuscule fourmi lui avait mordu l’épaule à ce moment-là et il avait poussé un grand cri, pas vraiment de douleur, de surprise. 

C’est alors que la dame du lac lui était apparue pour la première fois.

D’abord il avait cru rêver. D’où venait-elle cette dame blonde inconnue, à la coiffure vieillotte, habillée d’un manteau noir usé au col de fourrure mité complètement hors de saison ? Elle ne lui faisait pas peur du tout. Parce ses yeux lui souriaient avec douceur. Simplement, comme il avait un peu honte d’être vu tout nu, il s’était dépêché de se rhabiller.

Le temps de coller les scratch de ses tennis et, quand il avait redressé la tête, elle avait disparu.

Mais elle revint. Des fois, des semaines s’écoulaient sans qu’elle réapparaisse. Et puis, il butait sur une pierre, s’écorchait à une ronce, tombait d’un arbre, glissait sur une mousse humide, s’emmêlait dans les fougères, s’effrayait pour une raison ou une autre, et elle surgissait. Elle le fixait en silence, comme pour s’assurer que tout allait bien et disparaissait sans prévenir.

Elle était bizarre, toujours habillée de la même manière, avec son petit sac à main carré pendu à son coude replié et ses laides chaussures à semelle épaisse, mais elle n’avait rien d’effrayant. Ses yeux exprimaient toujours une immense douceur.

Grégoire aurait bien voulu trouver le moyen de lui faire perdre son air si triste.

Un jour, à la fin de l’automne, il lui avait offert une fleur bleue à clochettes et elle avait souri. Pas seulement avec les yeux, avec les lèvres aussi.

Sa voix était comme le murmure du vent dans les ramées rousses.

-         Merci, dit-elle, aujourd’hui c’est mon anniversaire… c’est un très beau cadeau…

-         Juste une petite fleur que j’ai cueillie dans le bois… je savais pas que c’était ton anniversaire…

-         Quand on est juif, de nos jours, un cadeau comme le tien réchauffe l’âme.

C’était ce jour-là que Grégoire avait entendu pour la première fois le mot juif.

Ce matin, à cause du discours présidentiel, il en avait appris un peu plus. Les Juifs c’était une histoire de pendant la guerre. Alors, la dame du lac venait du temps de la guerre ? Il n’y comprenait rien. Pour lui la guerre était tellement lointaine qu’elle coïncidait peu ou prou avec l’époque des dinosaures, ou celle des châteaux forts.

 

Des grosses chaussettes de laine dans ses bottes en caoutchouc, l’anorak fermé jusqu’au cou et un bonnet enfoncé sur le front, Grégoire affrontait le vent glacial d’un pas décidé. Il voulait causer avec la dame du lac, en avoir le cœur net. Il ne prêta pas la moindre attention à la beauté du paysage givré de blanc nacré. Les rayons d’un soleil pâle trouaient, çà et là, la couverture de nuage. Les arbres tendaient vers le ciel, comme dans une prière, des branches tordues de bois foncé. Le froid piquait le nez et les joues du petit garçon.

Toute vie semblait avoir disparu de la campagne à l’exception de quelques corneilles noires qui fouillaient la terre de leur bec à la recherche d’improbables nourritures.

Les abords du lac étaient vides et silencieux. La dame du lac n’était pas là. Où se cachait-elle ? Où habitait-elle ?

Grégoire décida de fouiller les environs. Après avoir cassé une branche sèche, il en frappa bosquets, taillis et buissons alentours pour faire sortir la dame de sa cachette.

Concentré à son occupation, le petit garçon oublia la prudence, glissa sur une plaque gelée, ne parvint pas à se rattraper et tomba dans la mare. La température de l’eau coupa le souffle de l’enfant. En une  fraction de seconde, elle gorgea ses vêtements, remplit ses bottes. Grégoire sombra à pic, au plus profond du lac. Il cria «  au secours » en silence dans sa tête et perdit conscience.

Quand il rouvrit les yeux, la dame du lac lui souriait, d’un sourire grand comme un soleil auquel il se réchauffa. Il vit qu’il était enroulé dans son vilain manteau noir râpé. La fourrure du col lui chatouilla le nez. Il éternua. La dame lui tendit un mouchoir en tissu.

-     Merci, madame.

-         Je n’ai pas pu sauver mon petit garçon… ton aïeul nous avait cachés dans la grange, derrière les ballots de paille… mais il a été dénoncé… une lettre anonyme à la gestapo… Quand les Allemands sont venus, il a fait son possible pour les retarder …pour nous donner le temps de nous enfuir… c’est pour ça que les nazis l’ont abattu, dans la cour de la ferme, devant sa femme… ils nous ont arrêtés mon mari et moi.. ils auraient pris notre fils aussi, bien qu’il n’ait que 8 ans et qu’il soit toujours le premier de sa classe… il a pu se sauver vers le petit bois…il a couru, on l’a vu…c’est la dernière image qu’on a gardée de lui…

La dame interrompit là son récit. Et essuya une larme avec sa main.

-    Il… a glissé et… il s’est noyé… dans l’étang… je l’ai entendu m’appeler « maman ! »… mais je n’étais pas là… depuis mon âme désespérée errait, il me restait un devoir à accomplir… la dignité c’est de faire quelque chose de la blessure passée, ne pas s’y soumettre et surtout ne pas entraîner d’autres enfants dans la souffrance*… maintenant je peux partir en paix… il s’appelait Grégoire… comme toi…

 

Grégoire ne revit jamais la dame du lac. Cependant, en souvenir d’elle, il s’efforça de travailler plus, pour devenir un bon élève, comme son Grégoire à elle. Et, il y parvint. L’histoire surtout le passionnait.

 

 

 

*Boris Cyrulnik, en conclusion d’une belle réponse, dans le Monde, à la nouvelle idée géniale du président Nicolas.

 

 

 

 

 

 

 

par Mimi publié dans : Invité(e)s communauté : Au fil des mots
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Mardi 19 février 2008

Au cours du dernier atelier d’écriture : « Les mots nomades » auquel je participe depuis deux ans, l’animatrice nous a demandé d’écrire un texte à partir de l'animal et de la phrase célèbre de la fiche « portrait chinois » tirée au sort en mettant le personnage en situation : acheter un cadeau pour la Saint Valentin.
Animal : chat, Phrase célèbre : « Dans la vie, faut pas s'en faire »

 

Maryse a écrit ce texte en quelques minutes à partir de la fiche « portrait chinois » que j’avais brossée en pensant à un de mes amis de plume. Elle m’a gentiment autorisé à le publier sur mon blog.

 

 
Aujourd'hui c'est la Saint Valentin.

Il glisse dans les rues à l'affût du cadeau idéal pour son amoureuse. Il lèche les vitrines, va de l'une à l'autre. De la bijouterie au prêt-à-porter. De la galerie d'Art à la libraire. Elle est passionnée par la révolution, se remémore t-il. Pourquoi pas un livre sur Robespierre ?  Celui là, avec sa reliure dorée est très beau ! A côté, trône une superbe lithographie de Vasarely. Cela pourrait lui plaire aussi, pense t-il. Mais il est déjà attiré par un éblouissant saphir bleu, monté sur un anneau d'argent. Cette bague est magnifique ! Je l'imagine déjà à son doigt. Quelle classe ! Puis, un peu plus loin, une veste à poils cendrés capte son regard. C'est une merveille ! Se dit il. Elle, si féline ! Je l'entends d'ici ronronner sous cape, ainsi parée ! Il poursuit ses soliloques, tout en continuant à déambuler le long des boutiques, des murs, des palissadeundefineds. Il ne peut se décider.

Que faire ? Ce serait un séisme si je ne lui ramenais rien. Combien de temps me reste-il ? Trente minutes... Bon. Trêve de bavardage. Soyons philosophe, dans la vie, faut pas s'en faire... Je vais trouver. Ses yeux soudain se plantent face à une devanture. Des plumes de toutes les couleurs sont suspendues, posées, inclinées au dessus d'encriers et de parchemins. « C'est ça ! » Se dit-il.  Je vais lui acheter une belle plume, son encrier et un bloc de papier velin. « Ainsi, m'écrira t'elle, peut être, la lettre d'amour dont je rêve depuis si longtemps !... »

par Mimi publié dans : Invité(e)s communauté : La gazette des blogs
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